On n'imagine pas que l'industrie puisse laisser la place à l'approximation. Son mot d'ordre est la fiabilité. C'est d'autant plus vrai dans les métiers où l'on rend un service au public, comme l'électricité: il faut pouvoir compter sur le producteur, à tout moment de la journée et de l'année. Cela devient même absolument crucial dans la filière nucléaire, pour garantir une exploitation durable, en toute sûreté, des centrales. Maîtriser industriellement l'outil est donc une condition nécessaire de la performance technique et économique de la filière nucléaire. Au cœur de son modèle industriel: l'ingénierie.
Augmentation de la consommation d'énergie dans le monde, raréfaction des énergies fossiles, changement climatique, nécessaire réduction des émissions de gaz à effet de serre… Le développement de nouvelles filières énergétiques, renouvelables et peu ou pas émettrices de gaz à effet de serre, s'impose. Face à cette inévitable transition énergétique, la fusion nucléaire pourrait trouver sa place, à condition de faire la preuve de sa faisabilité et de pouvoir passer au stade de la production industrielle. C'est l'enjeu de l'installation de recherche internationale ITER, en cours de construction à Cadarache, dans le sud de la France.
Si à long terme la transition énergétique apparaît comme une évidence et une nécessité, à court et moyen terme la situation est beaucoup plus confuse. La transition énergétique a commencé, et elle continuera. Mais si l'on cherche à dresser un tableau d'ensemble ce sont les ambiguïtés et les incertitudes qui dominent.
Le mix énergétique, c'est la répartition des différentes sources d'énergies primaires consommées pour la production des types d'énergie utilisés dans un pays donné. Pour différentes raisons allant de la disponibilité des ressources aux politiques de lutte contre le changement climatique, les mix énergétiques nationaux sont appelés à évoluer dans les prochaines décennies. Mais le poids de l'histoire ainsi que les coûts politiques et économiques de cette évolution la rendent difficile. Quelles sont les pistes les plus sérieuses?
Les premières lignes de haute et très haute tension se sont d'abord développées autour de moyens de production centralisés, hydraulique et thermique, puis nucléaire. Les besoins de consommation des zones urbaines et industrielles ont ensuite guidé le tracé de nouvelles lignes. Avec la croissance des renouvelables, ce sont de nouvelles logiques qui émergent. Elles contraignent le réseau à évoluer, mais mettent en lumière son rôle essentiel dans la transition énergétique.
La combustion d'énergies fossiles est aujourd'hui la principale source de gaz à effet de serre. C'est aussi le principal vecteur de l'action de l'homme sur le climat. Mais ce lien entre énergie et climat est beaucoup plus complexe qu’il n'y paraît de prime abord. La connaissance scientifique progresse constamment, et surtout elle commence à se diffuser chez les acteurs: particuliers, collectivités ou entreprises. Où en est la science, et comment se joue l'appropriation de ses résultats? Comment le changement climatique affectera-t-il l'offre et la demande énergétique?
Les petits réacteurs modulaires sont aujourd'hui considérés comme une voie d'avenir du nucléaire, notamment pour les pays en développement et les zones isolées. Certaines de ces mini-centrales sont destinées à être immergées, ce qui reconfigure complètement l'équation des coûts, des risques et des avantages. L'industrie navale de défense, qui maîtrise à la fois les technologies marines et celles du nucléaire, est sur les rangs.
La politique allemande de l'énergie, au lendemain de Fukushima, a pris un tournant, l'Energiewende, accélérant un processus engagé au début des années 2000 : abandon du nucléaire et recours massif aux énergies renouvelables. Une initiative audacieuse, mais qui a de sérieux effets de bord.
Meilleure utilisation des ressources, réduction des déchets, sécurité améliorée... Les réacteurs de génération IV, présentés comme le futur de la filière nucléaire, suscitent beaucoup d'espoirs. Encore à l’étude, ils pourraient succéder un jour aux réacteurs de type EPR (« génération III »), eux-mêmes plus performants que les réacteurs à eau pressurisée du parc nucléaire actuel. Daniel Heuer travaille sur l'un des six concepts retenus en 2008 par le Forum international génération IV, qui a fixé les grandes orientations en la matière : le réacteur à sels fondus, associé au cycle thorium. Quels sont précisément les avantages de cette nouvelle technologie ? Va-t-elle trouver sa place dans la filière ?
Un an après Fukushima, et alors que plusieurs pays européens ont décidé l'abandon progressif de l'énergie nucléaire, quelles sont les perspectives pour le secteur ? Les marchés se déplacent vers l'Asie, demain vers l'Afrique. Les exigences croissantes de sûreté, la montée en gamme prévisible des constructeurs asiatiques, le dynamisme du segment des petits réacteurs et la maturation progressive de la troisième génération dessinent un paysage en évolution.
L'équation énergétique européenne est marquée par trois contraintes: sécurité d'approvisionnement, lutte contre le réchauffement climatique et compétitivité. Mais elle se complique avec les choix allemands sur le nucléaire, l'arrivée des gaz de schiste, l'avènement des énergies renouvelables, la montée en puissance des grands émergents. Quelles conséquences pour l'Europe, et pour les poids lourds du secteur?
La catastrophe de Fukushima a remis au premier plan la question de la sûreté nucléaire et des autorités qui en ont la charge. Le cas japonais est marqué par des faiblesses spécifiques, comme la complexité du système et l'indépendance des institutions. Les autres autorités nationales sont-elles mieux équipées? Partout dans le monde des questions demeurent. Et la perspective d'une autorité internationale n'est pas pour demain.
Le 4 février 2011, le Conseil européen a fixé à 2014 l'achèvement du marché intérieur de l'énergie. La libéralisation lancée au début des années 1990 a donné des résultats contestés. De nouvelles dimensions sont apparues, le changement climatique et la sécurité d'approvisionnement. Cette complexification des enjeux a conduit à une recomposition partielle de la politique énergétique, désormais érigée au rang de priorité de l'Union. Quelles en sont les grandes lignes?
Le secteur énergétique mondial va devoir relever trois défis majeurs: sécurité d'approvisionnement face à des besoins croissants, lutte contre le changement climatique, urbanisation massive. L'électricité jouera un rôle clé car elle peut s'appuyer sur des méthodes de production émettant peu de gaz à effet de serre. Les technologies existent. La réussite dépendra de la capacité des politiques publiques à encourager l'innovation.
La catastrophe de Fukushima a dévasté la région de Tohoku, mais elle a aussi touché le reste du monde, conduisant certains pays à geler leurs programmes nucléaires. Les débats japonais permettent d'observer l'émergence d'un monde postindustriel, où même en l'absence de manifestations de masse le poids croissant de l'opinion publique impacte les décisions politiques et les stratégies des acteurs économiques.
Après Fukushima, le nucléaire se trouve une fois de plus sur la sellette. Au quotidien, les énergies fossiles s'avèrent pourtant beaucoup plus risquées: le tribut payé par les populations est beaucoup plus lourd, sans parler de leur contribution au réchauffement climatique. Si la décision prise par l'Allemagne de fermer ses centrales nucléaires fait des émules, que devons-nous craindre pour notre sécurité?
Tous les pays nucléaires affrontent la question épineuse du stockage des déchets. En France, les déchets les plus radioactifs seront stockés pendant un million d'années dans l'argile, dans une couche vieille de 150 millions d'années, longue de 130 mètres, à 500 mètres de profondeur, près de Bure, en Meuse. En 2016, une loi fixera les conditions de réversibilité du stockage. Entretien avec la française Marie-Claude Dupuis, directrice générale de l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) et présidente du comité de la gestion des déchets radioactifs de l'OCDE.
Propre, efficace, économique, le nucléaire a presque tout de la source d'énergie parfaite. C'est pourtant peut-être celle qui génère le plus de peurs. Au premier rang des incertitudes majeures, se trouve le problème de la gestion des déchets nucléaires - les inquiétudes à ce sujet ont été ravivées par le désastre de la centrale japonaise de Fukushima. Plus de 56 ans se sont écoulés depuis l'entrée en fonction de la première centrale nucléaire civile, mais il n'y a toujours pas de consensus sur la meilleure manière de se débarrasser des déchets dangereux. Deuxième volet de notre série sur le futur du nucléaire.
Près de 25 ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en Ukraine, le public avait fini par considérer la technologie nucléaire comme relativement sûre et ce, même dans des marchés comme les Etats-Unis où l'aversion au risque est très forte. Un tsunami dans le nord du Japon a balayé cette confiance toute neuve. Le désastre de Fukushima va-t-il marquer un revers pour le nucléaire? Et celui-ci sera-t-il un jour assez sûr pour être accepté par un public à cran? Premier volet de notre série sur le nucléaire.
Ce sera peut-être une des aventures industrielles du XXIème siècle. C'est déjà une conséquence manifeste de la grande peur provoquée par le réchauffement climatique. C'est peut-être aussi le meilleur moyen, pour les économies, d'atténuer leur empreinte carbone, de réduire leur dépendance à l'égard du pétrole et de rogner dans leur facture énergétique.