Stratégies pour l’Internet des objets

Photo Sandy Verma / Senior Director of Asia Pacific for Internet of Things Solutions / September 8th, 2015

L'Internet des objets est un réseau d'objets physiques connectés via l'Internet. C'est aussi une expression en vogue pour décrire un nouveau paysage technologique qui transforme la façon dont nous vivons et travaillons. Mais son potentiel est-il bien compris, et sommes-nous prêts pour cette nouvelle vague de la révolution industrielle? Imaginez un pot de fleurs qui demande au thermostat de votre maison de faire baisser le chauffage car les plantes manquent d’eau. Simple gadget ? Redimensionnez-le jusqu’à une serre commerciale ou un conteneur rempli de produits frais, et vous comprendrez que cette technologie est une affaire sérieuse.

Les objets du quotidien, tels que les thermostats et les pots de fleurs, peuvent désormais être mis en réseau afin d’offrir de nouveaux types de services. Ce monde connecté ouvre d’immenses possibilités de transformation dans des champs comme les soins de santé, la fabrication industrielle, l’automobile et les transports, la chaîne d’approvisionnement, le commerce de détail, les services publics, l’environnement, l’agriculture, et ainsi de suite. L’Internet des objets se développe rapidement dans le monde entier et il aura un impact partout et pour tout le monde.

Revenons un moment en arrière pour mettre ce mouvement en perspective.

Nous sommes maintenant dans l’ère de l’Industrie 4.0, un terme qui symbolise la rapidité croissante des changements dans le processus de production. Il a fallu environ 130 ans pour passer de l’Industrie 1.0 (les machines, vers 1780) à l’Industrie 2.0 (l’électricité, au début du XXe siècle), et encore environ 70 ans pour atteindre l’Industrie 3.0 (les ordinateurs, dans les années 1970). L’arrivée au 4.0 a pris environ 35 ans et elle est en train de tout changer.

La troisième vague de l’Internet
Une autre façon de présenter les choses, plus pertinente peut-être, est l’idée que nous sommes désormais dans la troisième vague de l’Internet : dans les années 1990, la vague de l’Internet à bande passante fixe a connecté un milliard d’utilisateurs, et dans les années 2000 la vague mobile en a connecté deux autres milliards. L’Internet des objets a le potentiel pour 10 fois plus de connexions (environ 28 milliards) à Internet d’ici à 2020. Ce ne seront plus des personnes, mais toutes sortes d’objets, des bracelets aux voitures.

Les « objets » sont des entités physiques dont l’état ou l’identité peut être relayé vers une infrastructure connectée. N’importe quel objet auquel est fixé un capteur – une vache dans un champ, le réfrigérateur de votre maison, un réverbère dans la rue, un conteneur sur un bateau – peut devenir un nœud ou un point de terminaison de l’Internet des objets.

Les capteurs collectent et transmettent des données critiques telles que la température, l’altitude, la vitesse, l’éclairage, le mouvement, la puissance, l’humidité, la glycémie, la qualité de l’air, l’emplacement… La technologie transforme les produits et services, qui étaient autrefois analogiques et mécaniques, en systèmes complexes qui combinent diversement matériels, capteurs, stockage de données, microprocesseurs, logiciels et connectivité.

La fabrication massive de ces produits « intelligent » ou connectés a été rendue possible grâce la baisse des coûts de la puissance informatique, l’amélioration et la miniaturisation des appareils, tout cela avec des dispositifs de sécurité très sophistiqués à plusieurs niveaux. Les produits utilisent des capteurs qui peuvent communiquer directement avec l’Internet ou avec des appareils connectés à Internet, en s’appuyant sur une connectivité sans fil désormais omniprésente. Les logiciels nécessaires à l’analyse de ces données se sont considérablement améliorés, ouvrant la voie à une nouvelle ère, hyper-connectée, de concurrence et de croissance.

L’écosystème de l’Internet des objets
Tout cela nous amène à une croisée des chemins : entreprises et secteurs industriels peuvent se reposer sur leurs acquis et entrer en déclin ou adopter cette nouvelle technologie pour créer des activités, des opportunités, des marchés et de nouveaux modèles d’affaires. Et si vous pensez que cela s’applique uniquement aux entreprises de haute technologie ou de la Silicon Valley, vous vous trompez.

Prenons un exemple concret : le vol de cargaison. Cette activité criminelle est aujourd’hui un secteur en plein essor qui pèse plusieurs milliards de dollars, et son impact se répercute dans le prix payé par les consommateurs. Imaginez les possibilités si ces méfaits pouvaient être repérés en temps réel dans tel ou tel segment de la chaîne d’approvisionnement !

Dans le même ordre d’idées, de grandes quantités de produits pharmaceutiques, ainsi que 25% de tous les produits alimentaires périssables transportés dans la chaîne du froid, sont gaspillés chaque année du fait des fluctuations de température. Les technologies capables de détecter et prévenir ces pertes ont un énorme potentiel, notamment pour les marchés d’Asie-Pacifique qui produisent des biens expédiés aux quatre coins du monde et sont régulièrement exposés à ces risques.

Dans ce contexte, l’Internet des objets est capable de changer la donne en apportant des solutions pertinentes aux problèmes de la chaîne d’approvisionnement, de la logistique, des compagnies maritimes, et plus largement de toutes les entreprises qui transportent des produits médicaux, du grain, des œuvres d’art, des machines et plus généralement toutes les marchandises dont l’état de conservation est critique pour les utilisateurs finaux. Le service AT&T Cargo View utilise par exemple Safe Flight ™. Cette solution s’appuie sur un petit appareil avec des capteurs qui communiquent à un poste de commande la localisation, la température, les chocs éventuels et leur impact, la pression etc. pour les cargaisons en transit (terrestre, aérien ou maritime) pratiquement n’importe où dans le monde. Cela permet aux entreprises de surveiller et de suivre les biens de grande valeur et fournit en retour une visibilité sur la chaîne d’approvisionnement. Tout cela réduit le coût, augmente l’efficacité opérationnelle et ouvre de nouvelles sources de revenus.

Un moyen facile de saisir ce scénario, d’un point de vue à la fois technologique et industriel, consiste à se représenter quatre couches. La première couche est le périphérique, l’objet connecté. La seconde couche est la connectivité, pour transmettre les données. Cela comprend le réseau local, les technologies sans fil à courte portée, comme Near Field Communication, le wifi, Bluetooth, Zigbee ou même le réseau Ethernet utilisé pour des objets non mobiles. Elle comprend également les plus sophistiqués des réseaux cellulaires à longue distance. Les modules de connexion vont de 1G (AMPS) à 2G (TDMA/CDMA et GSM/GPRS/E-GPRS), 3G (UMTS/HSDPA/HSPA +), 4G (LTE/LTE-Advanced) et même 5G pour les connexions par satellite et la prochaine génération de réseaux mobiles.

La troisième couche est la plateforme : là où se trouve le centre de commande et où s’effectue l’agrégation intelligente des données issues du cloud de l’Internet des objets. Si l’on prend l’exemple d’une compagnie maritime, c’est là que l’entreprise surveille et gère la logistique.

La quatrième couche est la couche de solution ou d’application, c’est-à-dire les solutions intégrées destinées à différentes filières, telles que l’automatisation industrielle, la télémédecine, les dispositifs portables, l’intermodalité, la ville intelligente et les voitures connectées.

Les entreprises de ces secteurs sont demandeuses d’applications qui les aideront à interpréter rapidement et efficacement les informations transmises, plutôt que de simplement recevoir les données brutes envoyées par les machines.

L’analyse des données joue un rôle-clé. Des solutions capables de tirer parti de la puissance et de l’échelle globale de l’Internet des objets peuvent impacter directement la performance de l’entreprise en offrant une lecture très précise des données issues du cloud. Cette lecture comprend une analyse descriptive – ce qui s’est passé – et une analyse diagnostique – pourquoi cela s’est-il produit. Avec cette information, ces systèmes peuvent également fournir une analyse prédictive – ce qui va se passer – et une analyse normative – comment faire en sorte que cela arrive (ou que cela n’arrive pas). Chez AT&T, nous appelons ces capacités l’optimisation de l’information.

L’éventail des solutions est souvent classé en deux groupes : quand on parle de l’Internet des objets, on se réfère le plus souvent à des objets de consommation ou centrés sur l’homme ; mais il ne faut pas négliger l’Internet des objets industriel (Industrial Internet of Things), qui couvre l’entreprise et certains de ses actifs les plus sensibles.

L’efficacité de l’Internet des objets n’est pas tributaire d’une ou deux entreprises ou organisations. Ce qui relie toutes les couches et les éléments dans leur ensemble sont les écosystèmes dans lesquels ils existent et fonctionnent – dans le jargon du secteur, des services professionnels ou des solutions intégrées. De nouveaux modèles d’affaires émergeront lorsque les différents écosystèmes se feront vraiment confiance sur la façon de tirer parti de cette nouvelle vague de connectivité et de données intelligentes. Sur le plan pratique, une capacité à coexister de façon sécurisée et contrôlée est essentielle pour opérer dans cet environnement. Même au sein du secteur des TIC, il est sage d’appliquer une stratégie « frenemy » (friend and ennemies à la fois) plutôt que de se concentrer uniquement sur la compétition.

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Stratégies pour l’adoption de l’Internet des objets industriel
Les opportunités de l’Internet des objets existent dans pratiquement tous les secteurs, mais le plus grand potentiel se trouve dans des activités traditionnelles comme la logistique, les transports, les biens d’équipement et les infrastructures urbaines. Le volume d’affaires de ces activités est si important que même une modeste amélioration de l’efficacité – disons 1% – de l’une d’elles peut permettre d’économiser des dizaines de milliards de dollars. Dans un contexte parallèle, il suffit d’examiner comment les nouveaux services de réservation de taxi ou d’hébergement bouleversent des industries séculaires. Les entreprises qui se cantonnent dans leur zone de confort feraient bien de regarder ce qui se passe ailleurs.

Beaucoup de dirigeants citent l’Internet des objets comme l’une de leurs priorités. Pour autant, les entreprises qui souhaitent le développer pour mettre à niveau ou reconfigurer remodeler leur organisation devraient procéder avec prudence. Il ne suffit pas de travailler avec un prestataire sérieux. Il faut aussi se préparer avec soin.

Pour donner rapidement une valeur tangible aux stratégies d’Internet des objets, je leur recommande de considérer les actions suivantes :

1. Marcher avant de courir – Même si les entreprises doivent disposer d’une solution intégrale avant de la déployer, obtenir un test auprès d’un fournisseur de solution est probablement la façon la plus intelligente d’exécuter et d’apprendre rapidement.

Pour les clients potentiels de l’Internet des objets qui cherchent à vraiment bénéficier de ce service, il est important de reconsidérer simultanément l’ensemble de leur modèle d’affaires. Car l’engagement dans l’Internet des objets implique l’ensemble de l’organisation, de la production à la vente en passant par la gestion des services et bien sûr les systèmes d’information. Depuis le point où le directeur marketing de l’information amène une idée à la conception du produit et la définition d’une stratégie et d’un financement, l’Internet des objets affectera chaque partie de l’entreprise. Afin de maximiser sa valeur, il doit être intégré dans le modèle d’affaires d’un bout à l’autre. Cela prend du temps.

2. Montrez-moi l’argent – Elaborer et appliquer un plan d’affaires avec une définition claire des critères de réussite afin d’évaluer le retour sur investissement attendu. Les parties prenantes de l’entreprise doivent voir les avantages réels avant d’investir dans les technologies émergentes – soit qu’elles permettent d’économiser de l’argent, soit qu’elles contribuent à enrichir l’offre. Cela est nécessaire pour convaincre le Conseil d’administration et le top management .

3. Chaque projet a besoin d’un champion – Assignez un cadre dirigeant au projet d’Internet des objets… et à la complexité qui en découlera. Sa mission sera d’aider à mettre en place et remodeler le process. Cela n’est pas aussi facile que d’amener une équipe à adopter un nouveau logiciel : cela implique la collecte et l’analyse de données, et il faut un certain temps avant que les avantages soient visibles. C’est l’une des raisons pour lesquelles les petites entreprises adoptent l’Internet des objets plus rapidement que les grands groupes. Certaines sont également très actives dans le développement de nouvelles applications fondées sur les technologies de l’Internet des objets.

4. La patience est une vertu – La mise en œuvre de l’Internet des objets prend du temps et exige souvent de nouvelles méthodes de travail. Les entreprises doivent surmonter des défis techniques et commerciaux pour libérer ce potentiel. S’appuyer sur une infrastructure logicielle évolutive est une façon d’accéder plus rapidement au marché. Et une fois lancé, on peut maintenir un avantage concurrentiel en appuyant sur l’intelligence et les idées permettant de répondre aux conditions du marché via la connectivité et l’analyse de données.

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Le mot innovation est presque devenu un cliché dans le monde des affaires. Pourtant, même si à un niveau superficiel tout le monde est « pour » l’innovation, rares sont les entreprises qui adoptent pleinement un esprit d’innovation. Or dans le monde actuel l’innovation n’est pas seulement un catalyseur de croissance, c’est un point vital pour la survie d’une firme. Tout le monde le sent. Le plus gros problème, c’est comment y parvenir.

Note des éditeurs. Cet article est paru à l’origine dans notre édition chinoise, publiée conjointement avec l’université Jiaotong de Shanghai, SJTU ParisTech Review.

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