La Chine est souvent assimilée à un imitateur qui aurait du mal à innover. De nombreux articles en cherchent les raisons dans la culture, les politiques publiques ou dans le niveau de développement économique. Mais pendant que les analyses fleurissent, la tendance s'inverse. Une table ronde organisée par notre édition de Shanghai fait le point sur le boom de l'innovation à la chinoise.

La Chine a joué de son faible coût du travail pour devenir l’usine du monde, en se spécialisant sur les segments à faible valeur ajoutée de la chaîne d’approvisionnement. Ce faisant, elle a réussi à accumuler du capital et à monter en gamme, acquérant en moins de trente ans des compétences technologiques avancées. La rapidité de cet apprentissage a son revers : la Chine est assimilée à un imitateur, elle aurait du mal à innover par elle-même. Le mot « shanzhai » résume cette vision des produits chinois comme de mauvaises imitations, peu soucieuses du respect de la propriété intellectuelle.

De nombreux articles analysent les raisons de cette difficulté à innover. Par exemple, la Harvard Business Review a publié en mars 2014 un petit essai intitulé «Why China Can’t Innovate», qui pointe un grand nombre d’obstacles : politiques et institutions, modèle industriel, management, éducation. Mais la Chine évolue très vite, comme le notent d’autres publications de référence – par exemple «China’s Innovation Has Outstripped Its ‘Follow Fast’ Reputation»  (Wired) ou encore «It’s Official: China Is Becoming a New Innovation Powerhouse» (Foreign Policy). De nombreux exemples illustrent ce renversement, à commencer par les investissements – dans le projet de ligne à grande vitesse, dans l’entrée en bourse de la plateforme Alibaba – mais aussi la percée de Xiaomi dans la téléphonie mobile.

Néanmoins, il est difficile de lier directement ces réussites avec la capacité à innover des entreprises chinoises. Il est tout aussi difficile d’anticiper l’évolution à cinq ou dix ans des dynamiques d’innovation en Chine. Pour mieux comprendre ces questions, nous avons invité un certain nombre de pionniers et d’observateurs, qui sont tous en première ligne des innovations intérieures et internationales.

Cédric Denis-Rémis est le doyen français de ParisTech-Shanghai Jiao Tong
Pascal Marmier est le directeur général de Swissnex Chine et vice-consul général de Suisse à Shanghai
Jason Wong est le fondateur de Platform 88, qui aide des projets financés via Kickstarter ou Indiegogo à trouver leurs sous-traitants chinois
Bo Chen est le directeur de la communication corporate du groupe Fosun (créé il y a 23 ans, il vaut aujourd’hui 5,5 milliards de dollars US)
Edouard de Pirey est le président de Valeo Chine
Wayne Wang est le fondateur et PDG du groupe CDP, un opérateur RH qui gère aujourd’hui un demi-million d’employés de différentes nationalités pour le compte de multinationales opérant dans divers secteurs
La rencontre était animée par Gina Zhang, rédactrice en chef de SJTU ParisTech Review

Question 1 – Faudra-t-il à la Chine un prix Nobel ou un produit de classe mondiale comme l’iPhone pour dépasser l’image d’un pays incapable d’innover?

Pascal Marmier – Non, la Chine ne devrait pas s’inquiéter. L’innovation ne se réduit pas à quelques images emblématiques. Il se passe beaucoup de choses en dehors de la Silicon Valley, et ceux qui s’occupent d’innovation en sont conscients.

Jason Wong – L’image est une chose, la réalité en est une autre. Cela fait dix ans que je suis en Chine et je peux vous garantir qu’il s’y passe beaucoup de choses en termes d’innovation. Si vous visitez des usines dans des villes chinoises de deuxième ou troisième ordre, vous vous rendrez compte que ce qui s’y joue est exactement ce qu’on entend par innovation. Les gens trouvent des façons originales de produire ou de réparer. Mais ce n’est pas dans les journaux.

Bo Chen – Je suis d’accord avec ce qui vient d’être dit. Il est vrai que la Chine s’est d’abord spécialisée dans les produits bon marché où le coût du travail suffisait à faire la différence, mais le pays a énormément progressé. Par exemple, il s’affirme de plus en plus comme une puissance internationale en termes de consommation. Selon Bloomberg, 174 millions de touristes chinois dépenseront 264 milliards de dollars en 2019, un montant équivalent au PIB de la Finlande et supérieur à celui de la Grèce ; dans le même temps, les Chinois sont devenus les plus gros consommateurs mondiaux de produits de luxe, avec la moitié de ces dépenses effectuées à l’étranger. Cela signifie que la Chine n’a plus besoin de fabriquer des produits à faible coût pour attirer les investisseurs, mais qu’elle a développé une très forte demande intérieure pour des biens à haute valeur ajoutée – qu’elle va s’appliquer à produire elle-même.

Edouard de Pirey – Oui, la Chine est innovante, et je voudrais vous en donner deux exemples. Le premier est l’application mobile WeChat, développée par Tencent : c’est la nouvelle génération de réseaux sociaux. Il faut d’ailleurs noter que beaucoup d’innovations chinoises ne sont pas très répandues à l’extérieur du pays, car elles sont réalisées principalement pour le marché chinois, en langue chinoise, et avec en arrière-fond la culture chinoise. Elles sont donc peu connues à l’extérieur, mais n’en sont pas moins réellement remarquables.

Le deuxième exemple vient de notre propre société, Valeo. Certaines personnes croient encore que les employés chinois sont meilleurs pour améliorer les choses que pour les inventer, mais c’est une erreur. En Chine, nous avons 2000 employés dans nos centres de R&D, et parmi eux il y a de vrais innovateurs : des gens qui pensent différemment, avec des idées étonnantes. C’est particulièrement vrai quand il s’agit de réduire les coûts. De la même façon qu’Israël est aussi ou plus innovante que la Silicon Valley aujourd’hui, la Chine est beaucoup plus innovante qu’on ne le croit.

Wayne Wang – En affirmant que la Chine a du mal à innover on incrimine souvent la culture chinoise. Or celle-ci est associée à de grandes inventions : pensons au papier, à la poudre à canon, à l’impression, à la boussole. L’esprit d’innovation n’a jamais disparu. La seule question, c’est la différence entre des produits très connus comme l’iPhone et d’autres innovations moins connues du grand public.

Il y a quelques années, si vous faisiez du commerce électronique, il fallait suivre la trace d’Amazon ou d’Ebay. De plus en plus, nous voyons surgir des startups qui imitent Alibaba ou Xiaomi. Les entreprises chinoises dont le modèle d’affaire ou le produit fait référence sont de plus en plus nombreuses. À San Francisco, les gens sont fous de WeChat.

Interventions du public :
- J’ai voté oui, car je pense qu’il est important de récompenser l’innovation. C’est très bien d’être innovant, mais il faut aussi être reconnu : un prix Nobel ou un produit de classe mondiale pourraient changer la donne pour la Chine.

- J’ai dit oui moi aussi, parce que la question portait sur la perception, pas la réalité. Je suis d’accord sur le fait que la Chine est aujourd’hui très innovante, mais en termes d’image elle est encore très loin.

Question 2 – La Chine pourra-t-elle se débarrasser de son image d’imitateur en moins de 5 ans ?

Wayne Wang – Oui. Il y a une corrélation entre la reconnaissance publique d’un pays et son niveau de développement économique. La Chine est désormais la deuxième économie mondiale et elle investit dans le reste du monde. Avec ce progrès économique, elle va rapidement remonter la chaîne de valeur et être reconnue comme un pays innovant. Elle n’a plus besoin d’imiter.

Edouard de Pirey – Je suis sur la même ligne. Une anecdote pour l’illustrer : j’ai vu récemment deux spots publicitaires qui se répondaient. L’un de Samsung : « What’s next ? » ; l’autre de Huawei: « Next is here. » Il existe toujours un écart entre la Chine et le monde, mais la Chine accélère. Songez qu’il y a encore 30 ans, on considérait que le Japon se contentait de copier la propriété intellectuelle de l’Europe et des Etats-Unis. Qui dirait aujourd’hui que le Japon n’est pas un pays innovant ? Il y a 15 ans, Hyundai, le constructeur automobile coréen, était en compétition avec les voitures d’occasion, sur le marché américain. Aujourd’hui, Equus, sa marque premium, fait concurrence à Daimler-Benz et à Lexus. Nous ne pouvons écarter la possibilité qu’un des constructeurs chinois suive cette trace, et cela peut arriver dans les cinq prochaines années.

Bo Chen – Je suis optimiste moi aussi. Le slogan « entrepreneuriat de masse et innovation », frappé cette année par le Premier ministre Li Keqiang lors du Forum économique mondial annuel, est un signal fort indiquant que le gouvernement encourage les gens à innover et à créer leur propre entreprise. Dans les cafés de Zhong Guancun, à Beijing, la plupart des conversations tournent autour des startups.

La situation change, et avec elle l’esprit du peuple chinois. WeChat en est un excellent exemple : il s’est inspiré de certains produits américains, mais en faisant beaucoup mieux. La même chose arrive avec Xiaomi, dont les méthodes sont très innovantes. La conception de leur téléphone mobile n’a pas été faite à 100% par ses ingénieurs. La plupart des idées proviennent de ses clients en ligne ; c’est quelque chose de très créatif. Fosun finance aujourd’hui beaucoup de projets créatifs dans le secteur des logiciels, où tout va très vite : dans cinq ans ou même avant, l’image de la Chine aura changé.

Jason Wong – Pour ma part, je pense que nous n’y sommes pas encore. Je travaille avec des startups de San Francisco, New York, d’Australie… les gens nous demandent de les aider à faire fabriquer leurs produits en Chine. La première grande question qu’ils posent, c’est : « Est-ce que nous serons copiés ? » À quoi je réponds toujours que c’est une possibilité.

Lorsque vous validez un produit sur la plateforme de financement participatif Kickstarter, le produit sera probablement proposé à la vente sur Taobao six mois avant son lancement officiel. J’ai vu cela plus d’une fois et cela continue. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’innovation en Chine, ou que les Chinois ne font que copier. Mais sur une centaine d’entrepreneurs, vous en aurez bien dix qui se contenteront d’imiter.

La situation s’améliore ; le gouvernement se soucie de l’enregistrement des brevets. Le problème est sans doute que les entrepreneurs occidentaux enregistrent leur marque et leurs brevets aux États-Unis ou en Europe, mais ils ne savent pas comment le faire en Chine – alors qu’on peut le faire pour presque rien ! La Chine dispose maintenant des outils nécessaires pour protéger l’innovation et les idées.

Pascal Marmier – Lorsque je parle avec des entrepreneurs, aucun d’eux ne peut faire d’affaires sans la Chine, sous une forme ou une autre. Vous aurez toujours quelque chose à voir avec la Chine. Il y a trois ans, ils me disaient qu’il ne fallait même pas parler des nouveautés suisses en Chine, car elles seraient copiées. C’est moins vrai aujourd’hui. Et cela traduit une évolution des Chinois : la notion de droits de propriété intellectuelle se répand.

Interventions du public :
- Non, pour deux raisons. Tout d’abord, l’innovation est un concept culturel cultivé par l’éducation, c’est quelque chose que la Chine doit développer sur le long terme. Deuxièmement, en tant que pays en développement, la Chine est toujours en train de rattraper les pays développés, et la copie est toujours une partie de ce genre de processus. C’est un long chemin à parcourir.

- La position de l’imitateur n’est pas forcément contradictoire avec celle de l’innovateur. En Chine, l’émulation et l’innovation se produisent ensemble. Les entreprises collaborent librement, les gens passent rapidement d’une société à une autre, et lorsqu’il y a une bonne idée, elle se répand très vite. Mais les entreprises savent très bien protéger leurs connaissances-clés, tout en profitant de ces échanges.

Question 3 – Xiaomi finira-t-il par remplacer Apple?

Pascal Marmier – Je suis un grand fan de Xiaomi. Si on le considère comme un produit isolé, le téléphone mobile devient rapidement obsolète. Mais Xiaomi est extrêmement bien placé pour tirer parti de l’écosystème mobile mondial, qui sera dans votre voiture, dans votre maison, qui vous connectera aussi à votre famille. Xiaomi va se développer rapidement dans ce cercle d’innovation et passer d’une position de suiveur à la position de leader.

Jason Wong – Je pense quant à moi qu’Apple reste le chef de file, aussi bien en termes de parts de marché que d’innovation, dans la technologie, la valorisation des utilisateurs et la connectivité… bref tout ce qu’il y a autour des produits mobiles. Mais Xiaomi ne se cantonnera pas au mobile. Il va tenter d’être connecté à chaque espace de vie, en logeant ses produits dans les vêtements et accessoires, les téléphones intelligents et les appareils ménagers, pour collecter vos données personnelles. L’innovation ne reposera pas tant ici sur la technologie que sur son utilisation.

Bo Chen – Xiaomi est très innovant dans les concepts et significativement différent d’Apple dans la conception. De mon point de vue, c’est en partie par accident qu’Apple a réussi dans le business en ligne, alors que Xiaomi a été créé avec l’idée d’être en ligne. Toutefois, en ce qui concerne la qualité du produit, Xiaomi n’est pas encore capable de dépasser Apple dans un proche avenir.

Edouard de Pirey – N’oubliez pas que le téléphone de Xiaomi coûte trois fois moins cher qu’un iPhone. Pour revenir à la question, j’aurais dit oui il y a quelques mois, jusqu’à ce que j’aie acheté un téléphone Xiaomi. Je ne suis pas déçu par ses performances ; mais simplement il ne me permet pas d’utiliser Gmail. C’est un gros handicap.

Cela dit, jetez un œil sur le marché mondial du mobile. Samsung fournit des produits d’une qualité remarquable et l’entreprise se porte très bien, mais Samsung est seul en Corée. Alors qu’en Chine, il y a Xiaomi, Huawei, HTC et même Letv… bref, un certain nombre de sociétés qui peuvent, séparément ou en s’alliant, apporter quelque chose de très puissant pour concurrencer Apple.

Wayne Wang – Pour ma part je n’ai pas une réponse claire à cette question. La Chine est devenue le plus grand marché de la téléphonie mobile dans le monde, et si l’on considère le nombre d’appareils vendus il est possible que Xiaomi dépasse Apple. Toutefois, si l’entreprise a l’intention de se transformer en une société de logiciels ou une société proposant un mode de vie, je ne pense pas qu’elle sera aussi novatrice qu’Apple, au moins à court terme.

Interventions du public :
- Rien n’est impossible, et je répondrai donc oui. Quand l’iPhone est sorti il y a quelques années, personne n’aurait imaginé que Nokia sortirait du jeu aussi vite. Vous ne pouvez donc pas imaginer ce qu’il se passera dans 10 ans ou 15 ans.

Question 4 – Y a-t-il aujourd’hui trop d’incubateurs en Chine?

Wayne Wang – Oui, et surtout je crois que nous n’avons pas d’incubateurs adéquats. J’ai rencontré les autorités chinoises, qui s’efforcent de stimuler ces dispositifs. L’intention est bonne. Mais je pense que le plus important est de créer un environnement de marché sain, plutôt que de biberonner les startups en leur donnant des subventions. Nous devons soutenir une concurrence loyale et égaliser les chances entre entreprises publiques et privées. La meilleure façon de le faire, c’est de les laisser se développer elles-mêmes dans un marché ouvert.

Edouard de Pirey – Je dirais non, pour deux raisons. Tout d’abord, il n’y a encore aucun incubateur vraiment célèbre. En second lieu, considérons la logique des incubateurs : vous avez 10 000 clients, vous travaillez sur 1000, vous en considérez sérieusement 100, seuls 10 arrivent vraiment à faire quelque chose et vous avez au final un seul blockbuster. Donc, plus nombreux sont les candidats, plus vous avez de chances d’obtenir quelque chose.

Bo Chen – Moi aussi, je dirai non. Le premier incubateur chinois fut créé par le célèbre entrepreneur Li Kaifu. On en a beaucoup parlé… mais je ne suis certain qu’il en soit sorti grand-chose. Pour réussir en tant qu’incubateur, vous devez fournir de nombreux services aux projets incubés, ce qui signifie un investissement significatif. Pour une entreprise qui réussit, vous devez probablement investir dans 50 ou même davantage. Donc je pense que le gouvernement devrait continuer à mener des politiques favorables aux pépinières d’entreprises.

Jason Wong – De mon côté je dirais oui. J’étais à un dîner avec des responsables d’une ville chinoise récemment; ils construisent des pépinières d’entreprises dans chaque quartier! Ils s’adressent aux gens qui disent ne pas trouver d’emploi et leur conseillent de s’adresser aux incubateurs. Il y a trop de pépinières d’entreprises – et cela vaut aussi dans le reste du monde. Un incubateur fait des véhicules électriques, cinq autres tentent d’attirer d’autres startups pour en faire également, c’est trop. Il suffit de copier l’autre. Ce n’est pas un système sain.

Un incubateur est censé être un endroit où vous pouvez trouver votre mission et donner carrière à votre passion. Le but n’est pas de créer des startups, mais de les développer. Or c’est difficile et douloureux. Mais beaucoup de gens se précipitent en pensant que c’est facile et qu’ils gagner beaucoup d’argent.

Une tendance intéressante, c’est que de nombreuses startups passent d’un incubateur à l’autre. Elles commencent  dans incubateur A, y passent six mois, puis six mois dans un incubateur B. Elles ne viennent que pour obtenir des contacts et réseauter.

Pascal Marmier – Je donnerai mon avis du point de vue de Boston, qui est la deuxième zone innovante des États-Unis derrière la Silicon Valley. Observons ce qui se passe du côté des politiques publiques. L’État du Massachusetts finance des espaces comme MassChallenge, qui accélèrent de nombreuses startups chaque année. Cet environnement crée une expérience d’apprentissage collectif : quand quelqu’un passe des mois d’apprentissage de l’entrepreneuriat dans l’incubateur, cela lui donne une expérience professionnelle précieuse, et c’est plus efficace que d’offrir des prestations de chômage. Certains incubateurs professionnels tels que le Cambridge Innovation Center fournissent des services professionnels aux startups. Ils ont trouvé un modèle d’affaires unique (perturber le marché de l’immobilier commercial traditionnel, en proposant des services spécifiques) et créé un environnement très fertile pour les entrepreneurs. Les deux modèles, l’un financé sur fonds publics, l’autre privé, semblent bien fonctionner. Bientôt, vous verrez des startups se lancer en proposant des espaces de travail partagés!

Intervention du public :
- J’ai voté oui. Je me suis rendu dans de nombreuses pépinières d’entreprises en Chine. Le gouvernement encourage beaucoup le développement d’incubateurs dans le cadre de son programme de soutien à l’innovation, mais le principal problème est la qualité des incubateurs, pas leur quantité. Donc je pense qu’il y a maintenant trop d’incubateurs.

Question 5 – Est-ce le bon moment pour fonder une entreprise en Chine ?

Wayne Wang – Oui, c’est probablement un très bon moment pour les entrepreneurs en Chine, et je considère même que c’est une opportunité unique, comme il ne s’en présente qu’une dans une vie. Un ami qui travaille dans le capital risque m’a dit qu’il a rencontré plus de gens de la Silicon Valley à Shanghai que dans la Silicon Valley. L’accès au capital est beaucoup plus facile aujourd’hui. Il existe de nombreuses anecdotes de startups qui bouclent leur deuxième, ou troisième tour de table. Les gens ne viennent pas ici pour la qualité de l’air ou les restaurants, mais pour les opportunités. Beaucoup de capital, des gens intelligents, une réglementation favorable, des politiques et des infrastructures ; tout cela a créé un environnement très attractif pour les entrepreneurs.

Edouard de Pirey – L’environnement et les possibilités sont très importants. Il y a dix ou quinze ans, il était facile d’accéder aux marchés chinois parce qu’il suffisait de copier et d’importer des choses qui n’existaient pas encore ici. Aujourd’hui, en dehors du fait que les marchés sont encore plus accessibles (vous ouvrez votre T-mall en ligne et en deux heures vous avez accès à l’ensemble du marché chinois), deux éléments sont favorables aux startups : un marché haussier, et très intégré. Tout d’abord, les investisseurs sont impatients de trouver des débouchés en Chine, et c’est sans surprise que l’introduction en bourse d’Alibaba a été un tel succès. Deuxièmement, il n’y aucun marché aussi intégré en Europe qu’en Chine ; et de son côté le marché américain est intégré, mais il y a beaucoup moins de monde qu’ici. En outre, les consommateurs chinois sont très ouverts à l’innovation. Ils sont désireux d’essayer quelque chose de nouveau. C’est pourquoi nous pensons que ce marché est prêt pour toutes sortes de nouveautés.

Bo Chen – Ma réponse est oui, c’est évident. Par rapport au moment où Fosun a été fondé, il y a 23 ans, l’environnement est beaucoup plus favorable pour les entreprises privées, et ce pour trois raisons : des politiques encourageantes, l’abondance du capital et une très forte demande des consommateurs. Une bonne idée qui répond bien aux exigences des clients suffit pour démarrer votre entreprise. Des gens créatifs peuvent maintenant réussir non seulement en lançant leur propre affaire, mais aussi en profitant des plateformes fournies par les grandes entreprises.

Jason Wong – La réponse est évidemment oui. Toutefois, lorsqu’il est plus facile de démarrer une entreprise, il devient aussi plus difficile de réussir. Ceci d’autant plus que les investisseurs attendent une « croissance en crosse de hockey » : ils veulent voir augmenter vos utilisateurs et votre chiffre d’affaires de semaine en semaine. Alors, à celui qui voudrait créer une entreprise, mon conseil est de s’assurer d’avoir dès le départ une équipe solide. Il est difficile de trouver des talents en Chine aujourd’hui. Les meilleurs vont chez Xiaomi ou Huawei. J’ai dû trouver mes partenaires à San Francisco et y consacrer beaucoup de ressources.

Pascal Marmier – Je vais à nouveau évoquer le versant politique. La Suisse elle-même n’est pas un pays très innovant, mais nous avons des talents de partout dans le monde. La Chine a cet environnement fantastique pour les startups, par exemple dans les villes de Shenzhen et Shanghai. Mais il faut qu’elle apprenne à attirer les bonnes idées de l’étranger : c’est vraiment le secret de la réussite pour l’avenir.

Interventions du public:
- L’accès au marché chinois n’est pas toujours facile. Cela dépend de la taille de votre entreprise, des connexions dont vous disposez et du caractère innovant de vos produits. Pour certains étrangers, le marché peut être très compétitif et sélectif.

- Je pense que la réponse à cette question dépend du secteur dans lequel vous travaillez. Par rapport à ce qui se passe dans l’informatique, la pharmacie et les biotechs sont beaucoup plus complexes et réglementés. Tout dépend aussi de la finalité de votre projet : cherchez-vous ici une croissance organique ou un partenariat, voire une franchise ? Le marché est-il déjà saturé, avec des connexions locales très fortes? Mais cela dit, n’importe quel moment est le meilleur quand on a un modèle d’affaire vraiment solide et original.

Commentaires du Comité éditorial de SJTU ParisTech Review:

Guan Hao (Directeur general, VSL China) – Une des raisons pour lesquelles la Chine innove, c’est la mobilité internationale : les Chinois voyagent beaucoup. Moi qui vous parle, je ne suis pas seulement chinois, mais aussi européen et plus précisément français. Or l’innovation est maintenant une question mondiale plutôt que nationale ; la technologie est également une question qui se joue à l’échelle mondiale. Deuxièmement, l’imitation n’est pas toujours négative. Dans mon secteur, si vous ne copiez pas ce que font les autres, il faut innover sans cesse. Et une bonne copie n’est pas facile ! Enfin, je pense que la Chine offre beaucoup de possibilités en ce moment.

Ni Jingang (Directeur scientifique, AVIC Commercial Aircraft Engine Co. ltd) – Il est temps de faire des produits de meilleure qualité, même en ce qui concerne les copies. C’est précisément ce qu’a fait le Japon il y a 50 ans. Il faut une plateforme de fabrication et de bons produits. Nous ne devrions pas seulement parler d’innovation, mais de qualité : c’est là que se joue la compétition.


Note des éditeurs. Cet article est paru à l’origine dans notre édition chinoise, publiée conjointement avec l’université Jiaotong de Shanghai,SJTU ParisTech Review
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  • Innovation: la Chine s’éveille-t-elle?on July 4th, 2015

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