Les économies modernes ont un besoin crucial de chercheurs de haut niveau, mais elles ont du mal à leur offrir des emplois. À tel point que des interrogations se font jour sur la valeur réelle d'un doctorat, aussi bien pour la société dans son ensemble que pour ceux qui s’engagent dans ces études exigeantes. Y aurait-il une surproduction de docteurs? La question a été posée, et on ne saurait l'écarter d'un revers de main. Mais elle n’appelle pas forcément une réponse simpliste. Car les docteurs ne sont pas seulement des scientifiques, mais aussi des professionnels qui s'ignorent. Insertion professionnelle, reconnaissance et développement de compétences transverses, ouverture des possibles sont quelques-unes des dimensions dans lesquelles doit s'inscrire la réflexion.

Quelles sont les compétences prioritaires et stratégiques pour assurer la compétitivité d’un pays ? À cette question, la réponse varie en fonction des cycles du développement. Dans les grandes phases de reconstruction, ce sont les administrateurs, les ingénieurs et les techniciens dont l’économie a le plus besoin. Dans l’ère post-industrielle, les grands pays avancés se lancent dans ce qu’on appelle l’économie de la connaissance, où la recherche et l’innovation sont les nouveaux passages obligés de la création de valeur. Parmi les ressources humaines dont dispose un pays, le titulaire d’un doctorat, c’est-à-dire le nec plus ultra de la formation universitaire, devient un élément décisif du succès dans la compétition mondiale, à tout le moins ceux qui ont choisi les spécialités les plus concurrentielles.

Bienvenue dans l’économie de la connaissance
L’OCDE prend très au sérieux la corrélation entre le nombre de docteurs et la prospérité économique. Elle s’appuie sur des statistiques éloquentes : dans les pays regroupés en son sein, 70% de la recherche est effectuée par les entreprises. En 2009, celles-ci employaient 2,7 millions de chercheurs, soit 65 % de l’effectif total, contre 25% pour l’enseignement supérieur. Il existe, selon elle, une forte interaction circulaire et cumulative entre les connaissances, les compétences et l’innovation. Dans un environnement donné, une augmentation de l’offre de compétences provoque des perfectionnements techniques issus de ces compétences, de nouvelles technologies sont inventées, qui provoquent à leur tour une hausse accélérée de la productivité de la main d’œuvre qualifiée. Dans une économie où la connaissance est la source de la création de richesse, le capital humain devient aussi important que le capital financier.

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Le personnel hautement qualifié joue un rôle important dans le développement de la « capacité d’absorption » technologique des entreprises. Les docteurs remplissent en quelque sorte un rôle de vigie. Ils assurent la veille de l’information scientifique à l’extérieur de l’entreprise, identifient ce qui est utile et le mettent à la disposition de l’entreprise sous une forme compréhensible. C’est un rôle crucial lorsque la base interne de connaissances diffère sensiblement de celle des acteurs extérieurs, ce qui se produit dans les phases de changement. Il est essentiel de maîtriser aussi la « connaissance de la connaissance», c’est-à-dire de savoir où se trouvent les connaissances utiles. Grâce à la présence, en son sein, de personnels hautement qualifiés, des docteurs par exemple, l’entreprise devient capable d’anticiper sur les avancées de pointe. Parallèlement à l’innovation proprement dite, cette présence revêt une importance considérable dans le rendement national global de la R&D. Par conséquent, l’augmentation du taux d’emploi des titulaires de doctorats dans les entreprises est un facteur décisif de l’augmentation du rendement des investissements publics dans la science et la technologie.

L’OCDE a souvent fait des recommandations précises en ce sens. En 2005, elle suggérait à l’Irlande de doubler sa production de doctorats. À l’époque, le taux de doctorat par million d’habitants y plafonnait à 168, loin des grands pays de R&D qu’étaient la Finlande (356), la Suède (426) et l’Allemagne (280). Ce retard compromettait l’objectif du pays de se doter d’un système universitaire à haute intensité de recherche et, par conséquent, d’un secteur industriel plus performant en R&D. Dès 2006, l’Irlande enregistrait la plus forte croissance du nombre de doctorats de l’OCDE.

De manière générale, le sort qu’un pays réserve aux titulaires de doctorats en dit long sur sa disposition intellectuelle globale. En France, par exemple, le doctorat se trouve dans une position particulièrement délicate, en raison de la prééminence des grandes écoles et de la concurrence qu’elles exercent à l’égard des universités. Un rapport du Haut Conseil français de la Science et de la Technologie rappelle début 2014 : « Dans les grands pays scientifiques, ce sont les docteurs qui sont les acteurs principaux de l’innovation dans la haute fonction publique comme dans les entreprises de pointe. En France, seuls 9 % des ingénieurs font une thèse en fin de cursus. Ce pourcentage est quasi nul dans les écoles de commerce. Cela explique pourquoi à peine 10% des cadres supérieurs sont titulaires du doctorat, contre 30% aux États-Unis. Ce manque de formation par la recherche – et à la recherche – prive ces cadres d’une méthodologie unique alliant analyse de problématiques complexes, culture du doute et de la confrontation d’idées, défrichage de l’inconnu et recherche de solutions innovantes ».

De prime abord, la production de doctorats bénéficie au pays tout entier. La formation de personnes hautement qualifiées peut rehausser les capacités de tous, à la fois parce que le processus fabrique une connaissance dont tout le monde pourra profiter et parce que les docteurs, plus capables que d’autres d’extraire les nouvelles connaissances et de les transformer en biens et services, sont capables de doper la productivité des organisations qui les emploient. Ils rayonnent. Mélanger dans un même lieu des chercheurs hautement qualifiés et des entreprises innovantes a parfois donné des résultats remarquables, comme la Silicon Valley. Dans cette vision optimiste, l’apport économique des doctorats, global et systémique, va bien au-delà de la somme des bénéfices que chaque docteur apportera à lui-même et à son entreprise.

Une étude australienne estimait en 2013 que les doctorants contribuent à installer des stratégies institutionnelles en développant des connaissances qui diffusent par interaction entre les étudiants eux-mêmes, mais également avec les autres acteurs du système d’innovation. Ils ajoutent de la valeur en améliorant l’environnement académique de recherche dans son ensemble, une valeur qui résulte en ligne directe du financement public des programmes doctoraux.

La foire aux docteurs
Cette diffusion de la connaissance est au cœur du débat. Compte tenu de l’investissement des universités et des agences de financement de la recherche dans le développement des programmes de doctorat, la puissance publique doit pouvoir répondre à certaines questions : quelle est la valeur réelle d’un doctorat ? Est-il justifié, pour la société, de financer ces programmes ? Entre d’autres termes, dans quelle mesure le doctorat est-il un bien public ?

Comme pour tout produit ou service, il convient de se demander si le doctorat est adapté à son marché. En 2012, un rapport de l’ « American Chemical Society » exprimait à cet égard de sérieux doutes : « L’éducation des scientifiques de niveau doctoral n’a pas suivi le rythme des changements majeurs survenus dans l’environnement économique, social et politique qui ont eu lieu dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale, quand le système de l’enseignement supérieur a pris sa forme actuelle ».

L’engouement pour la connaissance a eu pour résultat prévisible une saturation du « marché ». Il y a, globalement, trop de doctorats. A l’échelle de la planète, leur nombre est sans rapport avec les offres d’emplois des universités, qui reste très largement l’institution qui en « consomme » le plus, à tout le moins, pour ce qui concerne les docteurs en début de carrière. Parallèlement, les chefs d’entreprises, qui sont susceptibles d’en embaucher, sont pris entre deux sentiments. D’une part, ils se plaignent fréquemment de la pénurie de compétences de haut niveau. D’autre part, ils laissent entendre que, de leur point de vue, les docteurs n’ont pas les connaissances requises.

L’abondance de docteurs est sans doute le résultat d’une démocratisation considérable du doctorat. Longtemps, un diplôme universitaire, même intermédiaire, était l’apanage d’une élite académique très restreinte et de nombreux professeurs n’étaient pas titulaires d’un doctorat. C’est après la Seconde Guerre mondiale que la population de docteurs a explosé. Au fur et à mesure que la demande d’enseignement supérieur croissait, il était attendu des professeurs qu’ils possèdent les diplômes les plus prestigieux possibles. Les universités américaines se sont lancées les premières : en 1970, l’Amérique accueillait un peu moins d’un tiers des étudiants du monde mais distribuait la moitié des doctorats scientifiques et technologiques de la planète.

L’inflation est sensible partout. Entre 1998 et 2006, le nombre de doctorats distribués dans les pays de l’OCDE a atteint 200 000 ; une augmentation de 40 % en huit ans, contre 22 % pour l’Amérique, reflétant un rattrapage dans le reste du monde. Cette croissance  est particulièrement vive au Mexique, au Portugal, en Italie et en Slovaquie. Même au Japon, où la population de jeunes est en net recul, l’OCDE a enregistré une hausse de 46 % de l’effectif des docteurs. Une partie de cette croissance reflète l’expansion de l’enseignement universitaire en dehors de l’Amérique. Seuls certains pays en expansion économique rapide, comme la Chine et le Brésil, affirment manquer de docteurs mais ils produisent des doctorats d’une qualité souvent contestable au regard des critères euro-américains.

Les raisons d’une surproduction
Parmi toutes les causes de cette surpopulation de docteurs, expliquait en 2010 The Economist, l’une est moins avouable que les autres : les universités profitent d’une catégorie de travailleurs intellectuels particulièrement brillants, motivés et peu exigeants quant à leur rémunération. Pour un coût très compétitif, elles peuvent faire plus de recherche et plus d’enseignement. Cette main-d’œuvre à la fois talentueuse et très bon marché est exploitée, en échange de promotions hypothétiques, par les professeurs en titre pour exécuter les recherches financées par des dotations publiques. Pour l’économiste Paula Stephan, de la Georgia State University, le système est en tout point comparable à une pyramide de type Ponzi.

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Dans une grande université américaine, un assistant « post-doc » gagne en moyenne cinq fois moins qu’un professeur en titre. Le sociologue Andrew Hacker détaille le processus : entre 2005 et 2009, les universités américaines ont accueilli 100 000 nouveaux docteurs pour seulement 16 000 nouveaux postes de professeurs. Le phénomène s’autoalimente : plus des activités d’enseignement au niveau « bachelor » (licence) sont assurées par des doctorants, moins les établissements ouvrent des postes de professeurs titulaires. Même au Canada, pays relativement plus raisonnable, on compte environ deux fois plus de nouveaux docteurs que de nouveaux postes de professeurs.

Dans le volet recherche des universités, la même dynamique est à l’œuvre. L’essentiel de la recherche est effectué par des « post-docs ». Au Canada, des calculs non officiels concluent que 80 % des post docs gagnent moins de 38600 dollars par an avant impôts, ce qui les met au même niveau que les travailleurs du bâtiment. En outre, ils sont à la merci des modes scientifiques : quand celles-ci changent, ces esprits de pointe ultra-formés se retrouvent parfois sans aucun débouché universitaire. Cumulés, ces inconvénients expliquent pour une large part pourquoi les doctorants aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, par exemple, sont de en plus souvent d’origine étrangère et, de ce fait, prêts à accepter des conditions économiques moins favorables.

Quant aux docteurs qui décident de travailler dans le secteur privé, c’est-à-dire en pratique dans les unités de recherche des entreprises privées, ils affrontent d’autres difficultés. Leur parcours est souvent si spécialisé que trouver un employeur hors de l’université et problématique. Une étude de l’OCDE montre que, cinq ans après avoir reçu leur diplôme, plus de 60% des titulaires slovaques d’un doctorat, plus de 45 % d’entre eux en Belgique, en République tchèque, en Allemagne ou en Espagne, ne possèdent toujours pas un emploi pérenne. Un tiers des docteurs autrichiens occupent des emplois sans rapport avec leurs diplômes. Pire : en Allemagne, 13% de tous les docteurs occupent des emplois bas de gamme. Ils sont 21 % aux Pays-Bas.

Le passage dans le privé a également l’inconvénient de révéler la faible rentabilité financière de l’investissement personnel considérable que constitue un doctorat. Certes les docteurs gagnent plus que ceux qui détiennent une licence (« bachelor »). Dans un article publié dans le Journal of Higher Education Policy and Management et intitulé « The economic contribution of PhDs », Bernard Casey, professeur à l’université de Warwick, montre que les hommes britanniques titulaires d’un « bachelor » gagnent 14% de plus que ceux qui ont choisi de ne pas entrer à l’université. Pour un doctorat, la prime est de 26%, mais celle pour un Master atteint 23%. Dans certains domaines, la prime salariale d’un doctorat disparaît complètement. Les docteurs en mathématique, informatique, sciences sociales et langues ne gagnent pas plus que les titulaires d’un Master. Selon les calculs de Casey, qui datent de 2009, la prime salariale du doctorat passe même sous celle du Master pour l’ingénierie, les technologies, l’architecture et l’éducation. Il n’y a que les doctorats en médecine, business et finance qui soient réellement valorisées dans le privé où les employeurs ont souvent conçu, au fil des années, des formations beaucoup plus courtes et plus directement efficaces. De ce point de vue, un PhD est rarement compétitif.

Penser « parcours »
La solution pourrait résider dans une refonte radicale des programmes de doctorat en fonction des besoins des « clients ». Le doctorat reste souvent extrêmement pointu, conformément aux besoins de la recherche et de l’enseignement universitaires, alors que l’avenir des docteurs n’est plus à l’université. Une remarquable étude de la Royal Society intitulée « Le siècle scientifique » affirme qu’au Royaume-Uni, seulement 3,5 % des docteurs en sciences deviennent chercheurs permanents à l’université et que seulement 0,45 % de ces docteurs atteignent le statut de professeur. À terme, 80 % d’entre eux font carrière hors de la science. Dans « L’usine à doctorat : n’est-il pas temps d’arrêter ? », le magazine Nature renchérit et regrette que très peu de pays aient pris la mesure du problème et entrepris sérieusement de réaligner le doctorat sur les besoins des carrières hors de l’université.

Mais faut-il pour autant dénaturer le doctorat ? Pas forcément. L’Allemagne est souvent citée en exemple pour sa capacité à intégrer les docteurs dans le monde industriel, mais elle n’a pas pour autant sacrifié leur qualité scientifique. C’est plutôt l’environnement qui fait la différence. Une partie de ce succès s’explique par des facteurs culturels, avec le très fort prestige associé au titre de docteur. Les liens entre recherche et industrie sont également un facteur majeur : en Allemagne, les laboratoires de recherches réputés sont dirigés par des professeurs reconnus dans l’industrie. Les jeunes docteurs allemands peuvent ainsi se prévaloir d’avoir été dirigés par des professeurs qui font référence aussi bien dans les milieux scientifiques que dans l’industrie.

La France a longtemps fait figure de contre-exemple, car ses élites managériales viennent essentiellement des grandes écoles et les docteurs, issus principalement de l’université, s’inséraient mal en entreprise. Mais depuis le milieu des années 2000 une prise de conscience a eu lieu, qui a vu deux phénomènes simultanés : d’une part, les grandes écoles font désormais beaucoup plus de recherche et un nombre croissant de leurs étudiants poussent jusqu’au doctorat ; d’autre part, dans l’ensemble de l’enseignement supérieur les écoles doctorales se préoccupent aujourd’hui beaucoup plus de l’employabilité future de leurs étudiants.

On peut citer à cet égard le « Parcours docteur pour l’entreprise » lancé par ParisTech, un programme original destiné à accompagner les doctorants dans la préparation de leur insertion professionnelle. Mobilisant les institutions, il a été lancé en partenariat avec une vingtaine de grandes entreprises qui s’engagent à identifier des référents parmi leurs collaborateurs, pour accompagner les doctorants dans la construction de leurs parcours, à participer à l’évaluation du programme (analyse des pratiques et critères de validation, étude de l’impact sur l’employabilité, proposition d’enrichissement des catalogues de formation), et à promouvoir et faire reconnaître le programme en interne (cellule RH notamment). Un des objectifs du programme est de donner au doctorant les moyens de mieux maîtriser sa carrière, en travaillant à consolider sa connaissance du fonctionnement de l’entreprise. Un mini-MBA de quatre semaines, intitulé Doctoral Course in Management, a même été mis en place à destination des doctorants intéressés.

L’attention portée à l’insertion professionnelle apparaît ainsi comme une partie de la réponse. Une partie seulement, car l’employabilité se joue sur l’ensemble d’une carrière. Un enjeu central, pour les docteurs, est ainsi de rebondir après leur premier poste, alors que les connaissances scientifiques très spécialisées qu’ils peuvent valoriser à l’issue de leur doctorat n’auront de valeur, sur le marché du travail, que quelques années. Dans ces conditions il est essentiel pour eux d’identifier, de cultiver, de développer et de valoriser les compétences transverses acquises au cours de leurs études – comme par exemple le travail en équipe, une familiarité avec le monde des labos, la capacité à gérer un projet sur trois ans… toutes qualités utiles en entreprise, et sur laquelle un jeune scientifique peut s’appuyer pour construire la suite de sa carrière.

Au terme de cette réflexion, il apparaît ainsi que si la question des débouchés se pose bien, elle n’appelle pas forcément une réponse simpliste. Les pays qui tireront leur épingle du jeu ne vont pas cesser de former des docteurs. Mais ils apprendront à leur faire une place – et ils apprendront à leurs doctorants à se faire une place.

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  • Denis Proulx

    sur les doctorats, il manque quelques éléments critiques à cette réflexion. A l’université (au Québec), si on recrute un sociologue, on aura 80 candidatures sérieuses, pour un politologue, cela peut aller à 30 ou 40. pour un spécialiste en management, trois ou quatre, pour un spécialiste en finance ou en comptabilité il faudra leur financer les études de doc ou les recruter à l’étranger. Donc tout n’est pas égal en terme de surpopulation. De plus, du moins en Amérique, plusieurs doctorats sont professionnels (ex.DBA) alors qu’en principe les Ph.D. sont axés sur la recherche. On ne peut pas mettre les deux dans le même panier, les objectifs sont différents. Enfin, l’effort n’est pas le même non plus, selon qu’il y ait ou non deux ans de formation théorique pour le doctorat, ce qui est commun en Amérique et rare en Europe.

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  • Benjamin

    Et surtout une surproduction de docteurs non adaptés au monde de l’entreprise. Et là il faut se retourner vers l’Université, dont la formation est assurée par des personnes dirigeant aussi un laboratoire. Le hic est que les laboratoires tournent en bonne partie grâce aux étudiants-doctorants. Autant un prof d’une école d’ingénieur se soucis de la réputation de son établissement et la réussite de ses élèves, ce qui motive le prof d’université : c’est sa liste de ses papiers ! Il y a donc un joli conflit d’intérêt entre former des élèves pour leur avenir professionnel (50% d’entre eux partirons dans le privé) et former des élèves pour faire tourner un laboratoire de recherche. Les programmes universitaires transpirent ce conflit d’intérêt en la faveur des enseignants-chercheurs ! Conclusion, nous a bien bourré le crane avec des connaissances tip top, hightTech, mais dont l’utilité est réservé aux labos, aux profs d’universités. Les entreprises attendent des personnes ayant un peu plus qu’un simple bagage technique, comme un savoir faire en gestion de projet, gestion RH, juridique & PI, etc…

    Lorsqu’un prof d’université acceptera de lâcher 20 % de son programme pour que les élèves apprennent autre chose que des connaissances scientifiques, peut-être que les entreprises s’intéresseront aux docteurs. L’article sera “pénurie de docteur” et non “surproduction” Je reste même persuadé qu’un docteur travaillant dans un labo académqieu serait mieux armé pour mener sa carrière….

    Comme on le disait dans mon établissement “une formation par et pour la recherche”… Manque de bol, plus que 30% de ma promo travaillent encore dans des labos académiques. Les autres sont soit dans des boites privées sur des fonctions à dominante managériale ou pire… sont prof en collège/lycée, l’apothéose du gâchis de talents et d’argent public !

    Dr, Benjamin N, startupeur

  • yann kervennic

    Je fais partie des 13 % obligés d’effectuer des tâches “bas de gamme” pour survivre. Mes diplômes sont un véritable frein sur le marche du travail, ils effraient tous les employeurs et me disqualifient pour les formations professionnelles (elles vont préférentiellement aux gens non diplômés. Le problème étant que diplôme ou pas, on a tous besoin d’argent).

    Après avoir bougé dans toute l’Europe “pour la science”, accepté toutes formes de contrats, de la bourse ou contrat avec engagement préalable signe de non candidature à des postes universitaires (règles à Chalmers pour obtenir un contrat) , je trouve indigne de ne pas avoir le droit a des formations professionnelles réellement qualifiantes, par exemple avoir accès a une formation en plomberie, un brevet d’électricien ou un permis camion pour pouvoir m’installer ou faire de l’interim et ne pas finir à la rue.

    Après physique Grenoble, une thèse à Delft dans le labo de Leo Kouwenhoven et 3 contrats à Chalmers dans le labo de Per Delsing, l’organisme de qualification suédois (pays ou je réside) me reconnais, après examen de mes titres, l’équivalent en points d’un an d’études supérieures en physique (véridique !). Autant dire qu’avec des diplômes européens mieux vaut oublier toute reconversion dans l’enseignement secondaire (il faudrait 3 fois plus de points).

    Bref, en contrepartie de ces longues années de faibles rémunérations et de mobilité intensive, l’université pourrait au moins offrir la possibilité d’une formation de reconversion pratique réellement qualifiante, ce que les divers pôles emplois européens nous refusent. A quoi sert l’Europe ?

  • pol

    Effectivement, en France, les docteurs ne sont pas adaptés au monde de l’entreprise mais comme les enseignants chercheurs qui les forment ne connaissent rien à l’entreprise , on ne doit pas s’étonner.
    Il s’agit de la production d’une main d’œuvre qualifiée pour de la recherche , précaire et peu payée en général dont l’université et les organismes de recherche se préoccupent peu après l’avoir exploitée. Même si la situation s’aggrave ces dernières années (faillite du pays oblige) ce n’est quand même pas nouveau.
    Ce dont on peut s’étonner (toujours pour la France) c’est du manque d’information des jeunes (et de leurs parents) qui s’engagent dans cette voie. Diplome = niveau de salaire = carrière , ça reste dans l’esprit des français alors que c’est fini depuis longtemps.
    L’évolution du travail vers un mode indépendant (cf article Au revoir Dilbert dans le même blog) est très largement ignorée. Les commentaires précédents sont évocateurs (A quoi sert l’Europe, Que fait l’Université ) : la gestion personnelle et non pas institutionnelle de son employabilité n’est toujours pas intégrée.
    Pour revenir à l’article , je ne suis pas très sûr que les économies modernes aient besoin de chercheurs de haut niveau, c’est plutôt des entrepreneurs qu’il faut. Recherche et Innovation sont assez éloignées l’une de l’autre bien que le discours majoritaire les lient.

  • jeune docteur

    A yann kervennic , juste pour info: en Belgique, tu pourrais facilement être prof de physique dans le secondaire (15-18 ans).

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