La révolution des hydrocarbures non-conventionnels est aujourd'hui bien entamée. Les ressources potentielles sont immenses mais les inquiétudes sont vives. Au-delà des bonnes pratiques et du sérieux des acteurs industriels, une question majeure est la qualité de la délibération publique. Les expériences américaines et australiennes permettent de faire un premier point.

A l’image de la révolution informatique des années 1980 et 1990, où les microprocesseurs voyaient leur capacité de calcul démultipliée de façon exponentielle par la miniaturisation des circuits imprimés tout en conservant des coûts de production stables, l’industrie pétrolière et gazière est engagée depuis quelques années dans un processus révolutionnaire de réduction de ses coûts d’extraction dans les gisements que les spécialistes nomment non-conventionnels.

L’association de deux techniques, le forage horizontal et la fracturation hydraulique, a fondamentalement changé les paramètres économiques de l’exploitation. Ils permettent aujourd’hui d’obtenir d’un seul puits ce que l’on produisait avec plusieurs dizaines de puits il y a cinquante ans, pour un coût légèrement supérieur à un seul de ces puits anciens.

La révolution du gaz de schiste
La mise en œuvre à grande échelle de cette pratique a radicalement changé la production de gaz naturel en Amérique du Nord. Alors qu’au début de la dernière décennie l’industrie gazière nord-américaine s’était lancée dans un vaste programme de construction d’infrastructures d’importation de gaz sous forme liquéfiée par anticipation d’une pénurie de production intérieure, celle-ci a brusquement augmenté grâce à l’utilisation des puits horizontaux fracturés qui permirent l’exploitation de ce shale gas, que les spécialistes considéraient jusqu’alors impropre à la production.

Dès 2008, ce gaz s’imposait à tel point que les capacités de stockage furent bientôt saturées. Les prix chutèrent et les importations furent réduites quasiment à néant. On s’aperçut bientôt que les ressources potentielles mises au jour par ces nouvelles méthodes étaient gigantesques, garantissant près de cent ans de consommation future outre-Atlantique.

Quelques pionniers eurent alors l’idée de reproduire ce savoir-faire, mais dans des gisements de pétrole “de schiste” cette fois. La différence de prix entre le gaz et le pétrole rendait alors ce dernier beaucoup plus attractif. Bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer l’ampleur des conséquences de ces développements et la possible émergence d’une révolution du pétrole de schiste, on peut déjà noter quelques signes qui indiquent un frémissement et deux succès probants.

Tout d’abord, alors qu’en 2008, près de 80% des engins de forages qui opèrent dans le secteur terrestre aux Etats-Unis prospectaient pour du gaz et 20% pour du pétrole, ce ratio s’est aujourd’hui équilibré à 50% – 50%. Ensuite, les droits miniers dans certains gisements de pétrole de schiste bien connus (Eagle Ford et Barnett au Texas, Bakken dans le Dakota du Nord) se sont littéralement envolés, voyant leur cours se multiplier parfois d’un facteur dix en deux ans. Enfin, malgré le moratoire sur les forages offshore dans le golfe du Mexique décrété à la suite de la marée noire du puits Macondo, la production totale de pétrole aux Etats-Unis a augmenté en 2010, inversant ainsi une tendance vieille de quarante ans et remettant de facto en cause la théorie du pic pétrolier de Hubbert, qui prédisait un déclin irréversible de la production d’hydrocarbures en Amérique du Nord à partir des années 1970.

Le gisement de Bakken, qui ne produisait que 10 000 barils par jour en 2003, a ainsi récemment dépassé le seuil des 400 000 barils par jour grâce à l’utilisation systématique des puits horizontaux fracturés, tout cela sans que des découvertes géologiques particulièrement nouvelles puissent y être notées. Le gisement d’Eagle Ford, au sud du Texas, a vu quant à lui sa production de brut passer d’une quantité presque négligeable à 125 000 barils par jour entre 2009 et 2011, sans compter un volume équivalent de gaz naturel s’ajoutant à la production liquide. D’autres zones de prospection font aujourd’hui l’objet de toutes les spéculations comme le Niobrara dans le Colorado, l’Utica dans l’Ohio, la Vaca Muerta en Argentine ou le Lias dans le bassin parisien. Les analystes spécialisés dans le secteur voient déjà les Etats-Unis comme un des pays où l’augmentation de la production d’or noir sera la plus importante au cours de la décennie 2010-2020, avec le Canada, le Brésil, l’Irak et le Kazakhstan. Certains vont même jusqu’à prédire pour cette raison un tassement des cours du baril d’ici quelques années, alors que l’opinion publique reste aujourd’hui persuadée d’une inéluctable augmentation des prix.

Inquiétudes publiques et enjeux économiques
Ce développement fulgurant des hydrocarbures non-conventionnels en Amérique du Nord ne va pas sans soulever des inquiétudes chez les riverains. Les organisations de protection de l’environnement mènent campagne en dénonçant le risque de pollution des nappes phréatiques que fait courir la fracturation hydraulique. La régulation industrielle dans ce domaine étant essentiellement une prérogative des Etats, elle est autorisée dans certains mais a récemment été sévèrement encadrée, ou même interdite, dans d’autres, comme en Caroline du Nord. D’une part, certains incidents invitent à la prudence. L’Etat de Pennsylvanie a par exemple interdit à une petite compagnie de forer sur son territoire en 2009 tant qu’un certain nombre de puits ne seraient pas rebouchés dans la région de Dimock, où l’eau courante de quatorze maisons avait été contaminée par des hydrocarbures, probablement en provenance de ces puits. Les défenseurs de l’environnement s’appuient aussi sur des études qui indiquent des teneurs en gaz naturel supérieures à la moyenne aux alentours de gisements de gaz de schiste et l’attribuent à la fracturation tandis que d’autres y voient un phénomène naturel.

D’un autre côté, la fracturation est une méthode ancienne qui a été utilisée à plus d’un million de reprises depuis 1947 aux Etats-Unis, et aucune catastrophe écologique majeure qui y soit directement liée n’a encore été observée. L’agence fédérale de protection de l’environnement (EPA) mène actuellement une enquête sur la question, qui devrait se terminer fin 2012 et dont les résultats sont très attendus par les différentes parties prenantes.

En Europe, continent plus soucieux de l’environnement, on a aussi vu apparaître des débats au sujet de ces techniques. Au Royaume-Uni, la presse s’est inquiétée des risques sismiques: après un tremblement de terre de magnitude 2,3 en avril, une magnitude de 1,5 a été enregistrée le 27 mai près de Blackpool, qu’une enquête officielle a liée à l’injection souterraine au même moment de fluides sous haute pression pour faire sauter la roche gazifière. Ailleurs, on a vu s’exprimer des craintes portant sur la pollution des nappes phréatiques et le Parlement français a voté l’interdiction de cette technologie en juin 2011, sans pour autant lui fermer totalement la porte à une exploitation future, puisque l’exploration reste partiellement autorisée.

Les responsables politiques ne peuvent en effet pas rester insensibles aux enjeux économiques et politiques majeurs que représente l’extraction d’hydrocarbures. Les retombées économiques de ces développements sont importantes et permettent à des Etats comme le Dakota du Nord, où se situe le Bakken, d’afficher une santé économique insolente avec le taux de chômage le plus faible de l’union: 3,5% contre 9,1% de moyenne nationale. Une production intérieure conséquente de pétrole ou de gaz peut en outre permettre de réduire significativement les importations de brut et aider à rééquilibrer la balance commerciale d’un pays. Les Etats-Unis ont ainsi réduit la part de leur pétrole importé de 60% de leur consommation en 2006 à 47% cette année, soit près de quatre millions de barils par jour de moins au total, grâce à une combinaison de baisse de la demande et de hausse de la production intérieure. La Norvège, pays le plus pauvre d’Europe il y a encore quelques décennies et devenu aujourd’hui l’un des plus riches du monde, illustre à quel point l’or noir mérite bien son surnom. La Russie n’hésite pas, quant à elle, à utiliser son gaz d’export comme d’une arme en arrêtant de temps à autres ses fournitures pour obtenir diverses concessions politiques de ses partenaires commerciaux.

Sûreté industrielle et variété des exploitants
Le fluide sous pression injecté dans un puits au cours d’une opération de fracturation est surtout composé d’eau et de sable, mais il contient aussi des additifs, environ 0,5% en volume, qui pourraient perturber l’environnement. La couche souterraine contenant les hydrocarbures se trouve néanmoins souvent à plusieurs milliers de mètres sous la nappe phréatique, et les experts considèrent que le rayon vertical maximal que peut atteindre une fracture autour des tubages les plus profonds d’un puits est de l’ordre de 100 mètres. Le risque essentiel, contrairement à l’opinion communément répandue dans le public, réside plus dans la possibilité d’endommager et de percer les tubages dans la partie haute du puits pendant l’opération de pompage, à cause de la très forte contrainte mécanique exercée par le fluide sous pression et le choc thermique dû au refroidissement, que dans l’extension directe d’une fracture dans la roche qui relierait le puits à la nappe phréatique. Des puits fuyants pourraient en effet contaminer l’environnement, et en particulier les nappes phréatiques. Mais ce problème est bien connu des opérateurs expérimentés, notamment de ceux qui ont une longue expérience de l’exploitation offshore et sont habitués à mener des études d’ingénierie poussées, et la stricte application de normes d’ingénierie rigoureuses permettrait de le limiter sérieusement, voire de l’éliminer complètement.

Par ailleurs, les acteurs de l’industrie sont extrêmement disparates, avec des compagnies bien connues qui comptent parmi les plus importantes au monde et d’autres de taille beaucoup plus modeste. D’une société à l’autre, la culture du risque, l’esprit de précaution et l’expertise peuvent varier considérablement. Certaines majors s’imposent en interne des standards extrêmement rigoureux, en combinant les aspects les plus contraignants des régulations de certains pays très exigeants où elles opèrent, comme la Norvège ou le Brésil, et qui sont réputés pour la haute qualité de leurs normes. D’autres ont une attitude plus laxiste et privilégient les économies de bout de chandelle au détriment de la sûreté. D’autres encore sont des sociétés de taille très réduite et ne possèdent tout simplement pas le savoir-faire nécessaire pour opérer de façon satisfaisante.

Le débat français a d’ailleurs été pollué dernièrement par l’intervention d’acteurs économiques spéculatifs qui ne s’inscrivent pas dans le long terme, par manque de temps et de capacité d’autofinancement. Les entreprises de capital-risque, sans expérience réelle, qui achètent des droits miniers dans des bassins prospectifs peuvent jouer un rôle utile de pionnier mais peuvent aussi devenir néfastes quand elles cherchent à forcer la main du régulateur par le biais du lobbying dans le seul but de maintenir à flot leur cours de bourse. En revanche, lorsqu’un investisseur de long terme s’installe dans un bassin pétrolier, il le fait avec un horizon d’investissement de plusieurs décennies. Dès lors, il est obligé de prendre en compte l’impact de son activité sur l’environnement et les riverains dans tous les domaines, du début à la fin de l’exploitation, pour s’assurer une certaine pérennité. Un argumentaire simpliste, et parfois mensonger, qui voudrait cacher les conséquences et les dangers d’une exploitation industrielle intensive comme l’extraction d’hydrocarbures, ne peut être que contre-productif dans la durée et menacer finalement la survie même de l’entreprise qui s’adonnerait à cette facilité.

La spécificité américaine
La percée du gaz de schiste aux Etats-Unis tient aussi à un élément souvent méconnu du grand public: son code minier terrestre. Partout dans le monde, les droits miniers, dit parfois aussi du «sous-sol», sont propriété exclusive de la puissance publique. Mais aux Etats-Unis, ils peuvent aussi être détenus par des acteurs privés, qui touchent ainsi les royalties liées à l’exploitation des hydrocarbures. Cet élément a pour effet principal de modifier profondément les incitations à la mise en production. Là où, en France par exemple, les riverains n’ont aucun intérêt direct à voir des puits de pétrole forés sur leur terrain puisque les subsides iront au Trésor public et seront dépensés par l’Etat dans son budget général, les fermiers américains en tirent eux des revenus d’appoint directs et substantiels.

C’est sans doute là une des principales raisons sous-jacentes, au-delà des inquiétudes écologiques légitimes, de l’aversion du public pour le gaz de schiste qui s’est manifestée dernièrement en France. Pourquoi en effet accepter la présence d’une activité industrielle dont on subit tous les désagréments sans en tirer aucun avantage? Pour envisager une exploitation à grande échelle d’hydrocarbures non-conventionnels, il serait nécessaire de faire converger les intérêts des différentes parties prenantes en modifiant si nécessaire le code minier après un débat public dépassionné et de bonne tenue. Ce n’est manifestement pas ce que l’administration avait en tête quand au printemps 2010 elle a vendu dans une discrétion quasi absolue des permis d’exploration pour du gaz de schiste.

De façon complémentaire, il est aussi nécessaire de réfléchir au partage des risques. De même qu’un conducteur de voiture doit s’acheter une assurance, on pourrait imaginer qu’une partie des royalties ou prélèvements obligatoires directement issus de l’exploitation normalement versés à l’Etat servent à abonder un fond d’assurance pour réparer les dégâts éventuels causés par une pollution ou une dégradation de l’environnement, quelle qu’en soit la nature. Car, même pour les industriels bien intentionnés, il n’est pas toujours facile d’intervenir directement pour compenser les dommages collatéraux liés à l’exploitation. Si, par exemple, un exploitant endommage les routes autour de ses installations de production à cause des va-et-vient très nombreux des camions qui transportent les pompes et le liquide de fracturation, il n’est pas a priori autorisé à les réparer puisqu’il n’en est pas propriétaire.

Dialoguer pour anticiper
L’Australie nous montre une voie qui mérite d’être examinée. Pays traditionnellement engagé dans l’industrie minière et énergétique, elle voit en ce moment ses activités de construction d’infrastructures pour les exportations dans ces domaines se développer très fortement pour fournir ses clients asiatiques comme la Chine, l’Inde ou le Japon. Les diverses compagnies présentes ont programmé des investissements dans les années à venir qui se comptent en dizaines de milliards de dollars.

La ville de Gladstone dans le Queensland est par exemple le lieu de construction de trois usines de gaz naturel liquéfié. La population va passer d’environ 50 000 à 80 000 habitants à la fin de la montée en charge de la construction d’ici trois ou quatre ans et environ 100 000 camions transportant toutes sortes de matériels vont parcourir les routes environnantes. En prévision des bouleversements que de tels chantiers vont probablement provoquer, les autorités de l’Etat du Queensland ont mené une procédure d’évaluation de leur impact dans tous les domaines: environnement, infrastructures, marché du travail… Les autorisations de mise en chantier ont ainsi été strictement conditionnées à la mise en place d’accords préalables avec les syndicats et d’un partenariat entre l’Etat et les industriels pour remédier aux dégradations d’infrastructures et au possible manque de logements.

Lorsque de tels problèmes sont anticipés en amont et font l’objet d’une collaboration poussée entre les différents acteurs, il est possible de grandement minimiser les effets secondaires négatifs pour les riverains et l’environnement d’une exploitation industrielle intensive. Une des conditions requise pour cela est un esprit de collaboration commun qui permet d’éviter l’alternative destructrice entre le blocage total et le passage en force.

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  • Gaz et pétrole de schiste: leçons américaines et australienneson January 27th, 2012
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  • Reza

    Bel argumentaire – je salue la performance. Vous faites votre travail de lobbyiste, métier somme toute honorable, bien qu’insuffisamment connu du grand public en France. 

    Permettez-moi de suggérer à vos lecteurs le visionnage du documentaire suivant, qui je le crains ne parvient pas aux mêmes conclusions. 

    http://latelelibre.fr/libre-posts/gasland-gaz-schiste/ 

    Cordialement, Reza

  • ShaleGasExpert

    Merci pour cet article, je l’ai trouvé très instructif. Je dis que j’ai été un des partisans les plus anciens et les plus forts du gaz de schiste en Europe. J’ai beaucoup appris de cela et trouvé très utile.

    Si le meilleur que les opposants peux dire, c’est de regarder ”Gasland”, alors nous aurions déjà gagné. Mais c’est plus complexe que cela. Je pense que la nouvelle tendance de développement est la montée de l’économie américaine par rapport à l’austérité en Europe. On nous dit «il n’yapas d’alternative”. Mais il ya et il est sous nos pieds.Cela est particulièrement vrai en France. Le choix n’est pas le faux choixd’énergie ou d’eau. C’est un choix entre des milliards d’euros envoyés à la Russie ou l’Algérie ou le Qatar, ou de payer l’argent français pour l’énergiefrançaise.

  • Gérard Zanchi

    Merci Nicolas,
    Comme un certain nombre d’arguments et de documentaires utilisés contre le Gaz Naturel Liquéfié dans lesquels l’on relate encore l’accident de Cleveland en 1944, le gaz de schiste (ou plutôt le gaz naturel emprisonné dans la roche de shale) soulève les passions et se voit accusé de toutes les horreurs.
    Habitant au Québec, je peux attester que l’actualité quotidienne montre à quel point l’industrie est pourchassée et malvenue, comme le sont d’ailleurs pour beaucoup les projets d’hydro-électricité, ou d’éoliennes pourtant appelée à juste titre “verte”.Depuis plus de 20 ans dans les métiers de l’énergie et le développement de projets, j’ai appris qu’un bon projet, qu’il soit ponctuel ou plus global, s’appuie sur 4 piles :- une conception technique sans failles et maîtrisée,- un cadre administratif et régulatoire stabilisé et pérenne ,- la réponse à un besoin du marché correctement évaluée et contractualisée,- une acceptabilité socio-économique prouvée.J’ai appris aussi qu’il était très rare de pouvoir réunir ces paramètres en même temps et au bon moment, surtout dans le cadre de projets innovants et qu’il fallait accepter de gérer l’opposition dût-elle être injustifiée, manipulée ou irrationnelle et communiquer, communiquer, communiquer …Dans le cas du gaz de shale, l’opposition n’est pas injustifiée mais elle est manipulée et souvent irrationnelle, c’est un fait que l’industrie et les politiques prennent en compte.Reprenons les 4 piles des bons projets pour tenter de qualifier cette industrie et de rationaliser les arguments :conception technique et maîtrisée  ? :- si l’on parle de percer un puit vertical tout en protégeant les nappes phréatiques et les aquifères : Oui depuis des décennies pour l’essentiel des entreprises du secteur;- si l’on parle du forage horizontal qui intervient ensuite : Oui depuis de nombreuses années pour les entreprises spécialisées ;- si l’on parle de la fracturation hydraulique : Non du point de vue de certains et ce que l’industrie doit accepter. J’en veux pour preuve que les techniques évoluent tous les jours encore aujourd’hui avec plus de monitoring, plus de calculs prédictifs et des ajustements permanents à la géologie. Mais il est important de constater que ces évolutions sont destinés à maximiser l’efficacité de la technique mais que celle-ci est maîtrisée en termes de risques pour l’environnement si elle est employée dans un cadre normal d’opération, après repérage complet des failles et ruptures de couches géologiques, sans connexion possible à d’autres puits verticaux abandonnés, avec le traitement d’eau adéquat, …cadre administratif et régulatoire stabilisé ? :D éfinitivement non ! dans beaucoup de pays, d’états ou de provinces et c’est plus une opportunité qu’un problème car là où l’industrie pétro-gazière ne pré-existait pas, tout est à faire, peut et doit être bien fait avec les justes retombées économiques pour l’industrie et les communautés : Il y a là une chance et non un risque de partir de situations vierges !Il est certain aujourd’hui que l’industrie s’est développée en partant du Texas sans un contrôle et une surveillance suffisants des autorités sur la qualité des acteurs. Et cela tient aussi à la structure des acteurs de l’industrie aux Etats-Unis et à son code minier. Il faut donc tirer parti des erreurs faites et se réjouir d’être en position d’en tirer des leçons “sans frais”.réponse à un besoin ?Qui peut douter aujourd’hui que cela répond à un besoin ! Dans un contexte de pénurie planétaire anticipée d’énergie et de dangers écologique et géopolitique pressants, le gaz naturel extrait des shales commence aujourd’hui se substituer au pétrole pour le transport lourd et servir de carburant à des flottes entières de véhicules publiques, dans des dizaines de grandes villes US, et privées et dans les camions (sous forme de gaz naturel liquéfié) avec un gain de 25% en CO2, de 85% en NOx, aucunes poussières et plus de longévité des moteurs.Il peut être brûlé dans des centrales électriques en remplacement d’un horrible charbon (50%+ de la production d’électricité américaine) avec près de 50% de moins d’émission de CO2 et une parfaite régulation permettant une complémentarité accrue avec les sources d’électricité renouvelables.Il commence à remplacer (GNL) le bunkering maritime, extrêmement peu efficace et polluant pour la planète.Il permet aux US de recommencer à imaginer de construire des usines chimiques (ammoniac, polyethylene, …) sur leur sol et d’engager une ré-industrialisation aidée par une ressource domestique abondante et peu chère.Il apporte enfin un ré-équilibrage géostratégique des ressources énergétiques qui diminue la dépendance de l’OCDE aux pays producteurs historiques et participe à la stabilité et, à n’en pas douter, à la paix.Mais il y a un incontournable à tout cela : des conditions de marché permettant le développement durable d’une industrie responsable, bénéficiaire et contributrice aux communautés et l’on retombe sur le cadre administratif et régulatoire qui doit encadrer cette  activité.En effet, aux US aujourd’hui, le gaz naturel est tellement surabondant (nouveaux développements, production de gaz conventionnel lié au pétrole, crise économique), qu’il se négocie à moins de 2,5$/MMBtu alors qu’il coûte environ 9 en Europe (UK) et plus de 16 en Asie du Nord !Il est considéré que l’on peut produire le gaz de shale de façon économique à 5-6 $/MMBtu et l’on peut imaginer que des améliorations techniques compensées par un durcissement des normes et contrôles sur l’industrie rendent ces chiffres assez représentatifs pour le long terme.Ainsi, le développement des gaz de shale est économiquement “mort” à moyen terme si l’équilibre ne change pas et un gros débat intervient actuellement aux US sur le fait de liquéfier et d’exporter ce gaz, seul moyen pour les acteurs de l’industrie de le monétiser correctement, si la demande intérieure n’augmente pas.Les grands équilibres d’un marché énergétique sont en effet très puissants et  chasser du pétrole ou du charbon n’est pas chose facile : beaucoup d’intérêts sont en jeu et l’on pourrait se demander par exemple pourquoi le prix de l’électricité reste stable et élevé aux US alors que le gaz est abondant et peu cher ? cela a à voir, à n’en pas douter, avec un marché de l’électricité morcelé entre états, peu concurrentiel, ou l’offre, à partir du charbon, est contrôlée et où les investissements dans les centrales gaz sont peu encouragés …C’est comme cela qu’il faut comprendre le discours de l’Union récent d’Obama : Ils sont sur le sujet et gageons qu’ils trouveront les arbitrages qui s’imposent.De la même façon, ne soyons pas naifs ! qui a plus à perdre au Québec ou en France au développement d’une filière de gaz de shale que les acteurs dominants de l’électricité … Y aurait-il un lien entre la puissance de ces acteurs et la virulence de l’opposition qui est développée ?Sans aller jusque là, on peut certainement dire que, là plus qu’ailleurs, du fait d’une histoire et d’une culture différente, le besoin d’explication est plus important et la responsabilité des politiques plus lourde lorsqu’il s’agit de faire évoluer et adapter la société aux enjeux et réalités d’un monde en transformation, ce qui nous amène à l’acceptabilité.- acceptabilité prouvée ?Dans le domaine énergétique, les histoires de non acceptabilité sont malheureusement les plus  nombreuses et il est extrêmement difficile de fédérer l’opinion sur un projet ou une vision ce qui conduit régulièrement les porteurs de projets, appuyés par les autorités à des “passages en force”  extrêmement négatifs pour l’acceptabilité des projets et finalement déresponsabilisants pour la population qui n’a pas l’impression de peser sur le débat et  entre alors dans une opposition systématique et irrationnelle bien connue sous les noms de banana (build absolutly nothing anywhere near anybody) ou nimby (not in my back yard). Il y a là une espèce de fatalité contre laquelle il faut lutter à chaque instant que l’on soit opposant ou promoteur des projets. C’est une responsabilité sociale première et, faute d’un projet dans son cour, une pierre dans son jardin …. (sauf à aimer se faire manipuler ou aimer manipuler soi-même).

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  • Jimmy Bob

    Très bon article qui pointe enfin le vrai travestissement des “écolos” contre le gaz de schiste.
    Non la fracturation ne peut pas contaminer les nappes mais un mauvais tubage (ou une mauvaise cimentation du tubage) peuvent en être responsable. Ce qui est également le cas dans un puits “conventionnel”.
    Par contre, je suis surpris que vous ne parliez pas du plus grand danger (à mon avis) des gaz de schistes. Il s’agit de la consommation d’eau. Cette eau remonte salée, pleine de produit chimique et autres et même parfois radioactive (radioactivité naturelle du sous sol, pas de fantasme svp…). Cette eau est souvent refusée par les stations d’épuration aux US car elles n’arrivent pas à les traiter.

    L’eau est une ressource rare, des progrès sont donc indispensables dans ce domaine avant l’exploitation.
    Ceci étant dit, du gaz français alors que Lacq ne produit presque plus rien et va être vendu, cela ferait sacrément de bien à l’économie française. Une taxe importante serait normal comme dans la plupart des pays producteurs. Tout le monde pourrait y gagner, y compris les collectivités locales.

    Mais la passion et la désinformation a déjà pris le dessus dans le débat, voir le permis annulé de Total alors qu’ils s’étaient engager à ne pas utiliser de fracturation. On crée une loi bizarre voire idiote qui interdit cette pratique et même si on accepte de respecter cette loi, on perd son permis?? 
    Est-on encore dans un Etat de droit ou dans un populisme complet? C’est navrant!

  • Guillaume

    Excellent article, bravo. Je ne crois malheureusement pas au “débat dépassionné”

  • Nicolas Martin

    Bonjour Jimmy,

    Je ne parle pas des effluents (les eaux produites avec le gaz qui remonte à la surface) parce que je ne crois pas que ce soit un problème majeur. Pour les gisements de gaz de schiste, on retrouve de l’eau de fracturation dans la production les premières semaines mais guère après.

    C’est plutôt dans les gisements de gaz de charbon que l’on a beaucoup de production d’eau (pour des raisons techniques longues a expliquer). Elle peut en effet être parfois radioactive mais on sait aussi la traiter avec des station d’osmose inverse. Cela coûte cher mais c’est tout à fait faisable.

    Le problème de l’eau produite n’est absolument pas spécifique des gisements “de schiste” ou non-conventionnels en général. Quand je travaillais pour des champs offshore en mer du Nord, on produisait de l’eau avec des composés radioactifs (barium et strontium notamment) et on savait bien les traiter en surface.

    En revanche, la quantité d’eau nécessaire pour les opérations de fracturation des gaz de schiste peut être problématique dans les zones géographiques où on en manque. Les opérateurs doivent prendre ce point en considération et, s’il le faut, effectuer les investissement additionnels nécessaires pour opérer de manière responsable.

    Cordialement,

    Nicolas

  • Guest

    Vous éludez la question, pourtant centrale, de l’accélération du réchauffement climatique à laquelle pourrait conduire une exploitation accrue des combustibles fossiles. Ce contre quoi luttent les écologistes n’est pas tant les dommages locaux à l’environnement, même s’ils permettent opportunément, par leur effets spectaculaires, de rallier les populations locales à leur cause, que les conséquences sur la politique énergétique d’une baisse durable des prix du gaz et du pétrole.

    La différence avec les Etats-Unis? Ils n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto.

  • Nicolas Martin

    Bonjour,
    j’élude en effet la question du réchauffement climatique car elle concerne tous les hydrocarbures et pas seulement les hydrocarbures “de schiste”. L’objet de cet article est d’évaluer les dangers des pétroles de “schiste” par rapport au gisements conventionnels et non dans l’absolu.
    Si la lutte contre le réchauffement climatique est la raison fondamentale du rejet du gaz de schiste, il faut alors aussi supprimer toute consommation de pétrole et de gaz, conventionnel ou non-conventionnel, ainsi que le charbon. Au total, il faudrait donc se passer immédiatement de plus 80% de l’énergie consommée aujourd’hui dans le monde. Voilà un sujet qui pourrait faire l’objet d’un article entier, si ce n’est plus !
    Cordialement,

    Nicolas

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