Le changement climatique dû aux activités humaines

Photo Michel Petit / Ancien membre du Bureau du GIEC (Groupe Intergouvernemental d'experts sur l'Evolution du Climat) / October 15th, 2010

Dans le cadre du débat sur le climat, ParisTech Review publie deux articles qui expriment des points de vue distincts, l'un de Christian Gérondeau, l'autre de Michel Petit.

Les mécanismes qui régissent le climat sont-ils bien identifiés ?
Les mécanismes qui régissent le climat d’une planète sont connus depuis bientôt deux siècles, grâce aux travaux de Fourier en 1824. La puissance du flux lumineux solaire qui éclaire la Terre est de 1,3 kW par m² de surface perpendiculaire aux rayons solaires. Un tiers environ de ce rayonnement est réfléchi dans l’espace par l’atmosphère et le sol et les deux tiers restants sont absorbés essentiellement par la surface du sol et de la mer. Considérée dans sa globalité, la surface de la Terre (océans et continents) absorbe jour après jour du rayonnement solaire et elle ne peut cesser de se réchauffer indéfiniment qu’en évacuant dans l’espace une quantité d’énergie égale à celle qu’elle emmagasine. Elle le fait en rayonnant elle-même des ondes de même nature que les ondes lumineuses du soleil, mais qui, compte tenu de sa température beaucoup plus faible, sont d’une longueur d’onde plus grande, correspondant à une couleur, l’infrarouge, invisible pour l’œil humain. Ce rayonnement infrarouge doit commencer par traverser l’atmosphère et plus cette dernière contient de gaz ayant la propriété de l’absorber, plus le rapport entre l’énergie qui sort de la surface terrestre et celle qui s’échappe dans l’espace est grand. La présence de tels gaz tend donc à accroître la température de la Terre. On dit que ces gaz produisent un effet de serre, par analogie avec l’un des phénomènes qui surviennent dans les serres des jardiniers.

L’atmosphère de la Terre contient naturellement de la vapeur d’eau et du gaz carbonique (CO2) qui sont des gaz à effet de serre et sans leur présence, la température au sol serait inférieure d’une trentaine de degrés à ce qu’elle est. C’est donc l’effet de serre qui a permis l’apparition de la vie. Les autres planètes sont régies par les mêmes lois physiques et c’est ainsi que l’atmosphère dense de Vénus, composée essentiellement de CO2, provoque un effet de serre très important qui explique la température de 450°C qui y règne.

Schéma du bilan énergétique de la surface du sol

Figure 1 : Schéma du bilan énergétique de la surface du sol. L’effet de serre (en haut et à droite de la figure) est le suivant : une fraction du rayonnement infrarouge traverse l’atmosphère, mais l’essentiel est absorbé et réémis dans toutes les directions par les molécules de gaz à effet de serre et les nuages. ; le résultat en est un réchauffement de la surface et des basses couches atmosphériques
(Source de cette illustration et des suivantes : Intergovernmental Panel on Climate Change, www.ipcc.ch)

Le climat évolue-t-il naturellement ?
La position des continents et la composition de l’atmosphère ont beaucoup évolué au cours des âges géologiques. Le climat de la terre a nécessairement été profondément affecté par ces changements majeurs. Plus récemment, au cours du dernier million d’années, il a évolué, de façon assez bien connue, sous l’influence d’autres causes naturelles qui ont toujours existé et continueront à jouer un rôle au cours des prochaines dizaines de millénaires.

- Tout d’abord, l’orbite de la Terre autour du Soleil subit des variations à cause de l’attraction des autres planètes et de la Lune. Ces variations se produisent lentement, avec des périodes qui se mesurent en dizaines de milliers d’années. Elles provoquent des changements dans la manière dont le Soleil éclaire notre planète de l’angle et sont à l’origine des grands cycles glaciaires interglaciaires qui ont une amplitude de l’ordre de 6°C et une période de 100 000 ans. Nous sommes depuis 10 000 ans dans une période interglaciaire, donc chaude.

- Le Soleil connaît lui-même une variabilité qui se manifeste en particulier par le présence de taches sur le soleil dont le nombre varie avec un cycle de 11 ans. Toutefois, ce cycle affecte le rayonnement solaire essentiellement dans la gamme de l’ultraviolet et se retrouve donc dans le comportement des parties les plus élevées de l’atmosphère terrestre qui l’absorbe : ionosphère (altitude de 100km et au-delà) et, dans une moindre mesure, stratosphère (altitude d’environ 30 km, voir fiche ozone). Il n’affecte que peu l’énergie totale rayonnée et son influence est détectée, mais très faible dans les phénomènes climatiques.

- Un autre paramètre jouant un rôle sur la température au sol est l’activité volcanique. Lors des fortes éruptions volcaniques, des poussières atteignent la stratosphère (au-dessus de 15km) et peuvent y rester pendant une ou deux années avant de retomber vers le sol. Ces particules constituées essentiellement d’oxydes de soufre jouent un rôle d’écran pour le flux solaire incident, ce qui a pour effet de refroidir la surface pendant un à deux ans.

Les activités humaines peuvent-elles modifier le climat ?
Les activités humaines ont depuis le début de l’ère industrielle ajouté à ces causes naturelles de nouvelles causes de variation liées au changement de la composition de l’atmosphère qu’elles induisent.

Les activités humaines peuvent-elles changer la composition de l’atmosphère ?
L’observation systématique de l’atmosphère montre de façon incontestable une augmentation, depuis un peu plus d’un siècle, de sa teneur en gaz à effet de serre : gaz carbonique (CO2), méthane, protoxyde d’azote.

Les concentrations actuelles des principaux gaz à effet de serre et leur taux de croissance sont sans précédent

Les concentrations actuelles des principaux gaz à effet de serre et leur taux de croissance sont sans précédent

Figure 2 : Les concentrations actuelles des principaux gaz à effet de serre et leur taux de croissance sont sans précédent

C’est ainsi, pour se limiter au plus important d’entre eux, que le nombre de molécules de CO2 qu’on trouve dans un million de molécules d’air est passé de 280 en 1850, avant le début de l’ère industrielle à plus de 380 aujourd’hui. On dit 280 ou 380 ppm, ppm étant l’abréviation de parties par million. Cette augmentation annuelle de la concentration ne représente à peu près que la moitié de ce qu’elle serait si l’atmosphère avait retenu la totalité du gaz carbonique que l’humanité a produit en brûlant du charbon, du pétrole et du gaz naturel. L’autre moitié du gaz carbonique produit est absorbée par l’océan et la biosphère. On observe en outre une diminution très faible, en valeur relative, de la concentration d’oxygène, l’oxygène nécessaire à la fabrication du CO2 additionnel ayant été prélevé dans l’atmosphère. Enfin, des mesures de composition isotopique du carbone atmosphérique viennent compléter le faisceau d’arguments qui permettent d’attribuer de façon certaine le changement de la concentration en CO2 aux activités humaines.

Utilisation des combustibles fossiles et augmentation du gaz carbonique présent dans l’atmosphère, de 1959 à 2002

Figure 3 : Utilisation des combustibles fossiles et augmentation du gaz carbonique présent dans l’atmosphère, de 1959 à 2002. La courbe noire supérieure en marches d’escalier indique l’accroissement de la concentration du gaz carbonique atmosphérique qui aurait eu lieu si la totalité du gaz carbonique résultant de la combustion des combustibles fossiles était restée dans l’atmosphère où elle a été relâchée. Les colonnes bleues verticales indiquent l’augmentation annuelle effectivement observée de cette concentration. La moyenne sur 5 ans est fournie par les courbes noire et rouge qui traduisent les incertitudes sur cette moyenne.

A-t-on observé récemment un changement du climat ?
On a effectivement observé une augmentation de la température moyenne du globe estimée à 0,8° (à plus ou moins 0,2° près), depuis un peu plus d’un siècle. La température moyenne mondiale n’est pas directement mesurable et ne peut être estimée qu’en composant l’ensemble des observations ponctuelles de la température locale, disponibles sur l’ensemble du globe terrestre. Cette estimation est un paramètre dont l’évolution traduit de façon synthétique la tendance générale des variations des températures observées sur l’ensemble de la Terre. Bien d’autres indicateurs que la température globale confirment le réchauffement mondial : fonte des glaciers sur tous les continents et à toutes les latitudes, diminution de l’enneigement dans l’hémisphère nord, mesure de l’élévation du niveau de la mer (3mm par an) due pour partie à la dilatation de l’eau dont la température augmente et pour partie à la fonte des glaces continentales, changements observés de systèmes physiques et biologiques cohérents avec les augmentations locales de température.

Ce réchauffement n’est pas uniformément réparti, les océans dont l’effet régulateur sur les températures est bien connu se réchauffant naturellement moins que les continents. Ces derniers connaissent donc une augmentation de leur température supérieure à celle de la moyenne mondiale. On observe en outre que l’accroissement de la température est particulièrement fort dans les régions les plus septentrionales d’Amérique, d’Europe et d’Asie.

Les précipitations sont également affectées par ce changement climatique, certaines régions étant plus arrosées et d’autres moins.

On lit parfois l’assertion que «la température a cessé de croître depuis le début du siècle». En fait, les variations aléatoires d’une année à la suivante interdisent toute conclusion basée sur quelques années seulement et seules les moyennes sur plusieurs décennies ont un sens. L’étude de l’évolution de la température la plus récente, publiée en janvier 2010 par la NASA, conclut que la dernière décennie a été la plus chaude jamais enregistrée, la dernière année 2009 se classant au 3ème rang après 2005 et 1998.

En quoi consiste la modélisation numérique du climat ?
Les modèles climatiques simulent numériquement les processus physiques bien connus qui régissent la dynamique et la thermodynamique de l’océan et de l’atmosphère) et les échanges d’énergie entre le rayonnement infrarouge et les molécules de certains gaz (des expériences en laboratoire et la mécanique quantique ont permis de déterminer avec précision les spectres d’absorption correspondants). Les ordinateurs sont des auxiliaires indispensables pour décrire ces phénomènes complexes obéissant à des équations non-linéaires dans un milieu inhomogène stratifié verticalement et variable horizontalement. L’utilisation d’ordinateurs est parfois considérée comme introduisant un doute. Or ce n’est pas l’ordinateur qui est responsable des succès et des échecs. Ce qui importe, c’est la bonne connaissance des phénomènes qu’on se propose de reproduire numériquement. Les résultats des modélisations du climat sont cependant affectés d’incertitudes, liées pour l’essentiel à l’impossibilité pratique de simuler, dans des temps de calcul réalistes, les phénomènes de faible échelle spatiale (inférieure à 100km). On est donc conduit à introduire des paramètres les décrivant de façon empirique. L’incertitude sur les résultats est évaluée en comparant la sortie des modèles pour les diverses paramétrisations envisageables. C’est ainsi que l’augmentation de la température moyenne mondiale provoquée par un doublement de la concentration des gaz à effet de serre est estimée comme étant dans la fourchette 1,5° à 4,5°. La crédibilité des modèles climatiques repose sur leur capacité à reproduire les grandes structures géographiques et les évolutions passées du climat.

Il est parfois reproché aux modèles de « négliger le rôle de la vapeur d’eau alors qu’il est essentiel ». Ce reproche est totalement infondé. Il est vrai que la vapeur d’eau est le plus efficace des gaz à effet de serre présents dans l’atmosphère. Par contre, l’injection de vapeur d’eau dans l’atmosphère est sans effet durable sur la concentration de la vapeur d’eau dans l’atmosphère, dans la mesure où sa durée de résidence dans l’atmosphère n’est que de une à deux semaines. Cette injection ne modifie donc pas le climat. Par contre, la durée de vie atmosphérique du CO2 est supérieure à un siècle et sa concentration dans l’atmosphère est modifiée durablement par les rejets humains qui peuvent donc induire une évolution du climat. Si la vapeur d’eau n’est pas directement responsable du changement climatique, elle y joue cependant un rôle : l’augmentation de la température provoque un accroissement de sa concentration dans l’atmosphère qui provoque un réchauffement complémentaire et crée une boucle de réaction amplificatrice que les modèles prennent en compte. Cette augmentation de la vapeur d’eau atmosphérique a été effectivement observée au cours des vingt dernières années.

Les modèles numériques reproduisent-ils les observations récentes ?
Grâce aux modèles numériques de simulation du climat, il est possible d’examiner si les réchauffements observés sont quantitativement cohérents avec les résultats des modèles. Lorsque ces derniers prennent en compte la totalité des phénomènes connus d’origine naturelle ou humaine, leurs résultats sont en accord satisfaisant avec les observations qu’il s’agisse de la température moyenne mondiale, de la température moyenne des continents, de la température moyenne des océans. Bien que les sources d’erreur croissent lorsqu’on s’intéresse à des régions plus localisées, l’accord reste significatif pour chacun des continents pris individuellement.

Changements de la température de l’air à la surface de la Terre, à l’échelle mondiale et continentale de 1906 à 2005, par rapport à sa valeur moyenne pour la période 1901–1950, comparés avec les simulations des modèles numériques

Figure 4 : Changements de la température de l’air à la surface de la Terre, à l’échelle mondiale et continentale de 1906 à 2005, par rapport à sa valeur moyenne pour la période 1901–1950, comparés avec les simulations des modèles numériques. Les lignes noires indiquent les changements observés et sont pointillées lorsque les données disponibles couvrent moins de 50% de la surface concernée. Les bandes bleues correspondent à des simulations ne prenant en compte que les phénomènes naturels et les bandes rouges à des simulations prenant en compte à la fois l’effet des phénomènes naturels et celui des phénomènes résultant des activités humaines. Les trois panneaux du bas correspondent de gauche à droite à la moyenne mondiale, à la moyenne des terres émergées et à la moyenne des océans.

Par contre, le désaccord est flagrant ntre les observations et les résultats des modélisations dans lesquelles on a délibérément ignoré le changement de la concentration des gaz è effet de serre. Autrement dit, les phénomènes naturels n’expliquent pas les observations récentes.

En particulier, les variations observées par satellite du rayonnement solaire total sont insuffisantes pour expliquer le réchauffement observé, en l’absence d’un phénomène d’amplification qui reste à préciser. Les objections à la thèse d’un rôle prépondérant du soleil sont triples. Premièrement, l’effet de serre lié au changement de la composition de l’atmosphère suffit à expliquer quantitativement les observations climatiques et un effet plus important du soleil devrait conduire à un réchauffement plus important que celui qui prévaut. Deuxièmement, le cycle de 11 ans du soleil est beaucoup plus important que ses variations à l’échelle de quelques décennies et devrait donc se traduire par une périodicité marquée de 11 ans dans les variations du climat. Enfin, l’accroissement de la température observé diminue avec l’altitude et fait même place à une diminution au niveau de la stratosphère. Cette variation avec l’altitude ne peut être expliquée par une variation du rayonnement solaire, alors qu’elle est prédite par les modèles qui simulent la modification du transfert de rayonnement provoquée par l’augmentation de la concentration des gaz absorbant le rayonnement infrarouge.

Peut-on estimer les changements climatiques qui se produiront au cours du XXIème siècle ?
Seuls, les modèles numériques simulant les phénomènes réels permettent d’estimer les modifications que les émissions anthropiques pourraient faire subir au climat mondial au cours des décennies à venir. Encore faut-il pour cela les alimenter par une évolution de ces émissions. Les émissions de gaz à effet de serre dépendent de facteurs humains, par essence imprévisibles, tels que démographie, vitesse de développement économique, nature des échanges, comportements. On est donc conduit à développer des scénarios qui pavent le domaine du possible.

Quelle sera l’évolution du climat en l’absence d’actions volontaristes ?
La première famille de scénarios qui a été utilisée repose sur l’absence d’actions volontaristes visant à réduire l’ampleur du changement climatique. La tendance actuelle est une croissance rapide des émissions, en particulier de celles de CO2, 80% de l’énergie commercialisée étant produite grâce aux combustibles fossiles. On est donc conduit à envisager en 2100 des concentrations de CO2 pouvant atteindre 1000 ppm, soit plus de 3,5 fois la concentration préindustrielle.

Scénarios d’évolution de la concentration du gaz carbonique dans l’atmosphère, en l’absence de toute action volontariste pour réduire les émissions

Figure 5 : Scénarios d’évolution de la concentration du gaz carbonique dans l’atmosphère, en l’absence de toute action volontariste pour réduire les émissions

L’incertitude propre aux modèles, évoquée ci-dessus, s’ajoute à la difficulté de choisir le bon scénario d’évolution des émissions. Le résultat est une augmentation de la température mondiale en 2100 allant de 1 à 6 °. Ces valeurs numériques peuvent apparaître faibles, si on les compare aux variations vécues au quotidien. Pour en mesurer l’ampleur, il convient de rappeler qu’il s’agit de moyennes mondiales et qu’une Terre en période glaciaire avec 3 km de glace d’épaisseur sur le nord de l’Europe ne diffère de l’actuelle que par 6° de la température moyenne.

Augmentation de la température moyenne de surface par rapport à la période 1980-99

Figure 6 : Augmentation de la température moyenne de surface par rapport à la période 1980-99. Les courbes colorées montrent, en continuité avec les simulations relatives au XXème siècle les variations pour les scénarios A2, A1B and B1, ainsi que pour un scénario irréaliste où les concentrations seraient estées constantes à leur valeur de 2000 et qui présente l’intérêt de montrer le réchauffement auquel nous condamnent les émissions passées. Les zones colorées donnent une indication de la dispersion des smiluations. Dans les barres de droite, le trait horizontal indique la valeur la plus probable pour le scénario d’émissions considéré et l’étendue des barres indique la gamme des valeurs vraisemblables.

La température moyenne ne suffit évidemment pas à caractériser le climat et des variations géographiques importantes sont simulées. L’augmentation de température des continents est le double de la moyenne et celle des régions septentrionales le triple.

Répartition mondiale de l’augmentation de température pour 3 scénarios (en lignes) et trois périodes (en colonnes)

Figure 7 : Répartition mondiale de l’augmentation de température pour 3 scénarios (en lignes) et trois périodes (en colonnes)

En outre, les précipitations sont affectées, les modèles simulant tous leur augmentation sur l’Europe du nord surtout en été et leur diminution sur le pourtour méditerranéen surtout en été.

 Changements des précipitations en pourcentage pour la période 2090–2099, par rapport à  1980–1999

Figure 8 : Changements des précipitations en pourcentage pour la période 2090–2099, par rapport à 1980–1999. Ces valeurs correspondent à la moyenne des modélisations pour le scénario moyen d’émissions A1B pour les mois de décembre à févier (à gauche) aux mois de juin à août (à droite). Les zones blanches sont celles où moins des deux tiers des modèles donnent un changement de même signe et les zones pointillées sont celles où plus de 90% des modèles donnent des changements de même signe.

Peut-on envisager de limiter les émissions pour réduire l’ampleur du changement climatique ?
Réduire les émissions pour plafonner la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et limiter l’ampleur du changement climatique est un objectif explicitement mentionné dans l’article 2 de la convention sur le changement climatique, signée lors du sommet des chefs d’Etat à RIO en 1992. La déclaration, préparée par 28 chefs d’Etat, dont a pris acte le sommet de Copenhague en décembre 2009, a précisé cet objectif en donnant une valeur de 2° à l’augmentation admissible de la température moyenne mondiale. Elle ne comporte pas pour autant d’engagements concrets sur les limitations des émissions permettant d’atteindre ce résultat.

Le dernier rapport du GIEC a fourni la gamme des températures mondiales moyennes que risque d’atteindre notre planète pour une valeur plafond de la concentration en CO2 équivalent allant de 450 à 1000 ppm. Cette notion de concentration en CO2 équivalent consiste à exprimer la moyenne au cours des années à venir du pouvoir de réchauffement de l’ensemble des gaz à effet de serre par la concentration du changement du seul CO2 (le principal gaz à effet de serre) qui aurait conduit à la même valeur. Il est nécessaire de préciser le nombre d’années considérées, car tous les gaz n’ont pas la même durée de vie. Conventionnellement, en l’absence d’indication contraire, on se fixe 100 ans.

Emissions mondiales de CO2 entre 1940 et 2000 et fourchettes d’émissions correspondant aux diverses catégories de scénarios de stabilisation, pour la période 2000-2100 (à gauche)

Figure 9 : Émissions mondiales de CO2 entre 1940 et 2000 et fourchettes d’émissions correspondant aux diverses catégories de scénarios de stabilisation, pour la période 2000-2100 (à gauche). Ecart probable entre la température moyenne du globe à l’équilibre et la température préindustrielle (à droite)en fonction du niveau de stabilisation de la concentration ; la hauteur de la bande correspond à l’incertitude des modèles quant à la sensibilité de la température à un changement de concentration.

Pour une concentration de 450 ppm équivalent (proche de la valeur actuelle avec une concentration du CO2 seul de plus de 380 ppm), l’augmentation de température serait de 1,5 à 3° et pour 1000 ppm de 4 à 8°. Pour limiter cette concentration au voisinage de 500 ppm équivalents, il faudrait que les émissions totales mondiales soient divisées par 2 d’ici à 2050. Les émissions françaises étant par habitant le double de la moyenne mondiale, il faudrait donc que ces émissions soient divisées par un facteur 4, si on admet que chaque habitant de la planète a le droit d’émettre la même quantité de CO2 équivalent.

Réduire dans de telles proportions les émissions est un défi redoutable. En particulier, 80 % de l’énergie commercialisée dans le monde sont produits à partir de combustibles fossiles. Les approches pour réduire les émissions correspondantes consistent tout d’abord à diminuer la quantité d’énergie nécessaire pour produire un service donné, comme une meilleure isolation thermique des bâtiments ou une amélioration des rendements de moteurs ou de processus. Une seconde piste consiste à produire l’énergie sans ou avec peu d’émissions de gaz à effet de serre. Une première manière d’atteindre cet objectif est, lorsque la taille de l’installation le justifie, de récupérer les gaz émis par la combustion du charbon, du pétrole ou du gaz et d’éviter de les relâcher dans l’atmosphère en les stockant dans des structures souterraines adaptées. Cette approche est connue sous le nom de captage et stockage du CO2. Une deuxième manière est de faire appel à des procédés de production de l’énergie n’émettant pas de gaz à effet de serre : énergie hydraulique, énergie nucléaire (fission et fusion), énergies renouvelables.

L’épuisement des ressources mondiales en combustibles fossiles suffira-t-il à empêcher un bouleversement du climat ?
Il est vrai que les ressources du sous-sol sont en quantité finie et que les estimations des ressources en pétrole et en gaz naturel conduisent de façon convergente à penser que ces deux combustibles fossiles devraient commencer à se raréfier sérieusement d’ici quelques décennies. Par contre, le charbon est beaucoup plus abondant et ne sera vraisemblablement pas épuisé avant deux à trois siècles. Comme il produit plus de CO2 par unité d’énergie que le pétrole et le gaz, l’exploitation de la totalité de ses gisements conduirait à une variation de la composition atmosphérique induisant un changement climatique plus important que celui qui sépare une ère glaciaire durant laquelle le nord de l’Europe était recouvert d’une couche de glace de 3 km d’épaisseur et le niveau de la mer inférieur de 120m à l’actuel. Certes, le réchauffement provoqué par les émissions anthropiques nous éloignerait encore plus d’une ère glaciaire, mais cette comparaison avec les cycles climatiques naturels permet d’imaginer l’ampleur des changements qui lui seraient associés. On peut en particulier redouter une montée de plusieurs mètres du niveau de la mer aux conséquences dramatiques.

Il n’en reste pas moins que d’ici un petit nombre de siècles, tous les combustibles fossiles auront été épuisés et ne pourront plus nous alimenter en énergie à faible coût. Il nous faudra bien alors apprendre à nous en passer dans un contexte de tension. Le faire dès aujourd’hui progressivement permettra d’éviter une crise de l’énergie et d’éviter à l’humanité tous les inconvénients d’un bouleversement brutal, en quelques décennies, du climat qui a permis son développement.

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  • Le changement climatique dû aux activités humaineson October 15th, 2010
  • jipebe29

    Plusieurs remarques sur l'article de Michel Petit.

    1° Les mécanismes météo sont mal connus, et c'est pour cela que les prévisions ne sont jamais fiables à 100% même à très court terme (1 à 2 jours), et les prévisions à plus de 3 jours sont toujours précisées avec un degré de confiance variant de 1 à 5. Or, les modèles climatiques sont basés sur les modèles météo, et les évolutions climatiques sont la somme des évolutions à court terme

    2° Les modèles n'intègrent pas les échanges dynamiques d'air et d'énergie, et notamment les AMPs (anticyclones mobiles polaires), que Météo France refuse de reconnaître, malgré la mesure de leurs rôles prépondérants lors de la campagne de mesure FASTEX.

    3° Les modèles n'expliquent pas l'Optimum Médiéval (OM), qui figurait dans les premiers rapports du GIEC (AR1 et AR2), mais qui, étrangement, a disparu pour être remplacé par la fameuse courbe en crosse de hockey de Mann. Bizarre, vous avez dit bizarre?….

    4° La crosse de hockey de Mann, puis ses “spaghettis”, sont faux, pour 3 raisons;

    - non prise en compte de l'OM

    - traitement statistique faux

    - utilisation inappropriée de la dendrochronologie (les cernes d'arbres n'évoluent pas en proportion de la température – d'autre facteurs sont à prendre en considération : ensoleillement, pluviométrie, environnement, ennuagement, CO2, …)

    5° La relation pivot du CO2 atmosphérique sur l'augmentation des températures est un postulat du GIEC, qui n'a JAMAIS été prouvé. Il y a eu covariation CO2-températures entre 1980 et 2000, et, depuis 2001, la température est stable, donc la covariation est brisée (voir courbes UAH, RSS, Hadcrut et Gistemp sur le site WoodForTrees.org)

    6° Si la relation causale CO2—> températures était exacte, la stabilisation des températures depuis 2001 n'aurait pas pu exister

    7° Les modèles intègrent des hypothèses arbitraires, telles que les rétroactions positives

    8° La variation du CO2 au cours du 20ème siècle n'a pas été linéaire. Le taux de CO2 est monté à 420 ppm dans les années 1942, avant de redescendre, puis de remonter. Et ce taux de CO2 de 420 ppm n'a pas engendré d'augmentation de température : la période 1950 -1979 a été plus froide, malgré une reprise de l'augmentation du CO2.

    9° Le niveau des océans est monté de 1,8 mm/an au cours du 20ème siècle , et depuis quelques années, il est stable (mesures satellitaires analysées par le labo LEGOS – Toulouse)

    10° Les 3000 sondes océaniques ARGO ont mesuré un léger refroidissement des températures océaniques, contraires aux prévisions des modèles

    11 °L'Antarctique a gagné 1,7 km2 de glace depuis plusieurs années

    12° Le GIEC n'a pas pris en compte l'effet IRIS (Lindzen)

    13° Le GIEC ignore la théorie de Svensmark sur le rôle des rayons cosmiques solaires et galactiques sur la formation des nuages bas. Le flux de rayons cosmiques solaires est fonction inverse du nombre de taches. Cette théorie est en cours de test au CERN (projet CLOUD), et les premiers résultats, partiels, sont positifs.

    14° la signature des gaz à effet de serre CO2/CH4 (les points chauds des zones sub-tropicales), prévue comme une validation forte des modèles du GIEC, n'a jamais pu être observée par les ballons-sondes météo.

    15° L'audit de l'IAC a été très critique sur le mode de fonctionnement du GIEC (l'IAC n'a pas audité l'aspect scientifique).

    16° La température moyenne globale (TMG) de la troposphère est une invention du GIEC. Or, la température est une grandeur d'état intensive, donc des sommes ou des moyennes de températures n'ont aucune signification. Il n'y a pas de température moyenne, pas plus que de climat moyen : le climat essentiellement sectoriel. Tout au plus peut-on utiliser la TMG comme un indicateur, mais il n'est pas pertinent d'en faire un paramètre significatif.

    Conclusion : les projections des modèles du GIEC sont réfutées par les données d'observation. Et ce sont ces données qui reflètent le comportement du climat, alors que les modèles numériques sont basés sur un postulat invérifié, sur des hypothèses arbitraires et ignorent de nombreux mécanismes climatique, pour la bonne raison qu'ils ne les connaissent pas….

    Toutes les projections plus ou moins cataclysmiques ne sont donc, dans l'état actuel de nos connaissances, pas crédibles. Et le fait de privilégier les modèles sans connaître les mécanismes synoptiques est une grave dérive de la science climatique, qui se trouve donc, comme le disait le climatologue Marcel Leroux, dans une impasse conceptuelle (source : Analysis Of Weather And Climate)…..

  • Pingback: Pour info : dioxyde de carbone et climat « mrc-bretagne.org

  • Pajachiet

    D'un côté un article de Michel Petit, spécialiste du sujet. Un article extrêmement progressif et clair, basé via le travail de synthèse du GIEC sur l'ensemble de la littérature scientifique disponible.

    Des conclusions douloureuses :
    - les activités humaines modifient le climat, avec des conséquences très négatives,
    - limiter cet impact est difficile car suppose de remettre en cause nos modèles de société à l'échelle planétaire.

    De l'autre une “réponse” à cet article, par jipebe29, un anonyme du web. Un discours asséné à travers une série d'affirmation, reprenant les arguments de la mouvance climato-sceptique du web.

    Une conclusion agréable :
    - Le GIEC s'est trompé (ie l'ensemble de la littérature scientifique)
    - Il n'y a aucune raison de s'inquiéter de ces effrayantes prévisions

    ————————————————————————————–
    Remarques :

    - L'argumentation des climato-sceptiques ressemble fortement à celle des créationnistes : Présentation trompeuse ou création de nombreux problèmes du travail scientifique, citations tronquées, mise en avant de scientifiques alternatifs (rarement des spécialistes du sujet).

    - Le discours créationniste et ses variantes ont gagné beaucoup de terrain aux US et commencent en Europe. Il faut donc prendre garde à l'efficacité que peut avoir un tel discours sceptique, et à ses conséquences. (Nous parlons bien du type de réponse ci-dessus, pas du débat scientifique qui a et aura toujours lieu)

    - En tant que non-spécialiste, il est difficile de se construire un avis sur cette question, comme pour d'autres problématiques sociétales issues de la science (OGM, nucléaire, …). Cette avis est cependant très important car il conditionne nos actions et celles de la société. Il faut donc le construire, par une démarche qui se révèle passionnante.
    Quelques propositions pour cela :
    – Être acteur de son opinion en allant chercher soi-même des sources. La pire chose est de moyenner le flux médiatique ambiant,
    – Rechercher la clarté des explications, la possibilité de remonter aux sources et de reconstruire les raisonnements,
    – Ouvrir son esprit aux thèses contraire à son opinion actuelle, pour la modifier ou mieux la réaffirmer,
    – Se référer aux scientifiques spécialistes des sujets en question,
    – Comprendre l'importance de l'incertitude et du débat en science,
    – Rester humble sur sa propre compréhension finale.

  • Savoie

    A la lecture de cet article,je suis dubitatif..point le temps de tout récapituler par manque de temps  je citerai celui concernant Vénus, la pression au sol et l’acide sulfurique et le dioxyde de souffre, faites un tour sur le site de la NASA…et si le temps vous le permet intéressez-vous à la physique fondamentale et la loi de Wien.
    Pour vous facilitez la recherche.
    Le site:
    http://www.imcce.fr/langues/fr/
    Page sur Vénus:
    http://www.imcce.fr/vt2004/fr/fiches/fiche_n13.html
    Cordialement

  • Pingback: Causes humaines | Pearltrees

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