Ce que nous apprennent les réactions épidermiques aux OGM en Europe

Photo Bernard Chevassus-au-Louis / Inspecteur général de l'Agriculture, membre de l'Académie des Technologies / April 14th, 2010

A une époque d'abondance, de nombreux facteurs, dont les peurs populaires dans le domaine sanitaire, le manque de confiance dans les système de contrôle des risques ou encore la crainte des nouvelles technologies ont créé en Europe une réaction brutale contre les plantes transgéniques et leur utilisation dans l'alimentation. En Amérique du Nord, les réactions aux OGM dans la médecine ou l'agriculture sont différentes. Pourtant les facteurs qui ont contribué à la méfiance sur le sujet en Europe devraient être examinés à cause de leur impact potentiel sur les innovations en général.

Depuis plus de dix ans, la question de la culture des plantes transgéniques et de l’utilisation de leurs produits dans l’alimentation fait l’objet de nombreuses controverses, en particulier en Europe. Ces controverses sont ponctuées par divers évènements à fort retentissement médiatique – destructions volontaires, procès –, par diverses initiatives politiques – moratoires, conférences de citoyens, réforme de l’expertise – et par la publication de multiples articles, ouvrages ou brochures qui, même si ils émanent d’acteurs ayant des intentions opposées, nous semblent avoir de facto des conséquences similaires : contribuer à alimenter plutôt qu’à apaiser les débats.

On remarquera également que les clivages qui s’opèrent autour de ces controverses n’opposent pas des communautés (scientifiques, philosophes, partis politiques, agriculteurs, etc.) qui seraient nettement dans un « camp » ou dans l’autre mais créent au contraire des clivages au sein même de ces communautés : une vision considérant qu’il s’agit par exemple d’une opposition entre « la » science et « la » société, ou entre la droite et la gauche de l’échiquier politique nous semble donc excessivement simpliste.

Si l’on s’interroge sur l’origine de ces controverses, on peut adopter au moins deux points de vue. Le premier est de présenter ces controverses comme conjoncturelles et spécifiques des organismes génétiquement modifiés (OGM) destinés à l’agriculture, en avançant plusieurs arguments en faveur de cette spécificité. Le second est de considérer que nous sommes en présence d’un cas emblématique, caractérisé par plusieurs propriétés que l’on peut retrouver dans d’autres innovations actuelles ou à venir, issues de champs technologiques très variés.

Les OGM, un épiphénomène local ?
En faveur de ce premier point de vue, on peut avancer diverses observations. La première est liée au contexte perturbé et inédit de l’agriculture et de l’alimentation à la fin du vingtième siècle. En effet, nous sommes passés en quelques dizaines d’années de situations où s’alimenter était une quête difficile et incertaine, qui mobilisait la majorité des ressources, à une situation ou l’aliment est maintenant à la portée des plus démunis. Vécue au départ comme un accomplissement du mythe antique de la corne d’abondance, cette situation a peu à peu fait place à des réalités beaucoup moins positives, à savoir la surabondance alimentaire et la gestion d’excédents de nourriture qu’il fallait parfois détruire, cette destruction étant souvent réalisée et médiatisée par ceux-là même qui avaient produits cette nourriture.

Cette transition de la rareté vers la surabondance n’a peut-être pas été suffisamment analysée sur le plan des valeurs qui accompagnaient ces situations extrêmes. A la rareté est associé un ensemble de valeurs positives évidentes : les mythes de l’eau dans les sociétés des milieux arides rejoignent les attitudes vis à vis du pain dans la société française traditionnelle, fondées sur le respect, le non gaspillage et la considération pour ceux qui produisent la ressource. A l’abondance sont associées la banalisation et l’indifférence. La surabondance génère enfin des attitudes ambivalentes, dans lesquelles ce qui était ressource peut-être considéré désormais comme une menace, à l’image du changement de regard sur les cours d’eaux entre la grande sécheresse de 1976 et les menaces actuelles de retour des grandes inondations.

Autrement dit, nous sommes passés d’une situation où l’aliment (et ceux qui le produisent) était fortement associé à des références positives à une situation où il constitue, avec ceux qui le produisent, une menace potentielle qu’il convient de surveiller. Dans ce contexte, toute innovation susceptible d’augmenter encore plus la productivité agricole, qui aurait été autrefois considérée comme bénéfique – et qui le sera encore dans des sociétés où cette augmentation continue à être recherchée – sera au contraire examinée avec défiance.

A cette « crise de l’abondance » correspond en outre l’émergence de divers projets agricoles alternatifs (agriculture biologique, agriculture paysanne, etc.), qui créent de profondes fractures au sein du monde agricole et, en particulier, de ses syndicats et représentants : le refus des OGM apparaît alors comme un élément emblématique, et médiatiquement porteur, de la plateforme revendicative de ces nouvelles visions de l’agriculture.

Autre élément de ce contexte, les crises sanitaires qui ont marqué les années quatre-vingt dix (vache folle, contamination des produits laitiers par les listérias, présence de dioxine dans les viandes, etc.), même si elles n’ont heureusement fait qu’un faible nombre de victimes, ont fortement ébranlé le mythe du « risque zéro », c’est-à-dire la confiance des citoyens dans la fiabilité des systèmes alimentaires modernes, ainsi que dans la capacité des pouvoirs publics tant à évaluer correctement les risques qu’à contrôler efficacement les différents opérateurs. Le slogan souvent entendu dans des débats « les OGM, c’est comme la vache folle », qui est parfois cité pour illustrer la thèse d’une ignorance du public vis-à-vis de ce que sont « vraiment » les OGM, doit à notre avis être interprété comme l’expression d’une crainte, compréhensible, de voir se mettre en place pour les OGM un scénario similaire à celui de la vache folle : méconnaissance initiale des risques, faible traçabilité des produits et, in fine, émergence d’un risque sanitaire majeur pour l’homme.

Un autre aspect qu’il convient d’évoquer est celui des porteurs de l’innovation et de son accompagnement juridique, qui constituent tout deux une rupture profonde par rapport à la situation antérieure. En effet, en France par exemple, même si la fourniture de semences aux agriculteurs avait profondément évolué depuis les années cinquante, avec l’émergence de grandes entreprises spécialisées désormais présentes au niveau international (Vilmorin, Limagrain, Clausse, etc.), ces entreprises étaient issues du milieu agricole français (souvent du monde coopératif) et étaient donc socialement et culturellement « appropriées » par les agriculteurs. Elles étaient, certes, amenées à introduire des innovations venant d’ailleurs (comme, par exemple, les maïs hybrides), mais réalisaient, du fait de leur reconnaissance, une « acclimatation » paisible de ces innovations. L’essor des biotechnologies a par contre conduit à l’arrivée de nouveaux opérateurs étrangers au monde agricole car issus de la sphère de la chimie et de la pharmacie.

La rupture juridique, amplement commentée, est celle de l’utilisation des brevets sur les variétés végétales, qui vient remettre en cause le système relativement consensuel, et beaucoup plus ouvert des certificats d’obtention. En effet, ce système des COV (certificats d’obtention végétale) autorise notamment les agriculteurs à ressemer librement les graines issues de leur récolte et permet à d’autres améliorateurs d’utiliser une variété commerciale d’un obtenteur donné pour en créer une nouvelle, sans devoir acquitter de redevances auprès du premier obtenteur, pour peu qu’il montre qu’il a apporté un progrès substantiel. Comme on le sait, ces deux libertés tombent dans le cas du brevet, qui assimile le fait de ressemer à de la copie illégale et oblige toute personne perfectionnant une invention et la commercialisant à obtenir l’autorisation du premier inventeur et à lui verser une rétribution.

Le cadre d’analyse résultant de ces diverses observations est-il pertinent ? On peut en tous cas faire remarquer qu’il rend assez bien compte de deux clivages qui pourraient sembler paradoxaux, et qui sont souvent présentés comme tels par ceux qui se concentrent sur la dimension technique des innovations.

Le premier point est celui de la quasi-absence de débat autour de l’utilisation des OGM dans le domaine médical et, en particulier, de la thérapie génique. Alors que les méthodes d’obtention de cellules transgéniques sont similaires, de même que les critères utilisés pour l’évaluation des risques (ce sont généralement les mêmes commissions d’experts qui statuent dans les deux cas), les essais de thérapie génique sont suivis et commentés positivement et leurs difficultés, qui pourraient conduire à les dénigrer, semblent plutôt renforcer l’adhésion et les attentes vis-à-vis de cette « aventure médicale ». Or, si l’on examine les divers éléments de contexte précédemment évoqués – et nous laisserons le lecteur en dérouler le fil – on constate effectivement qu’aucun d’entre eux n’est présent dans le cas des OGM médicaux.

Le second paradoxe apparent est celui de la différence assez radicale entre les situations européenne et nord-américaine qui constituent, malgré quelques tensions et divergences épisodiques, deux ensembles proches. Là aussi, le cadre d’analyse apparaît pertinent et nous le détaillerons un peu plus.

Tout d’abord, l’objectif de continuer à développer la production agricole, avec une forte ambition de présence sur les marchés mondiaux, décriée en Europe, demeure une donnée des politiques agricoles canadienne et américaine et, même si des modèles alternatifs s’y développent également, on peut considérer qu’un fort consensus demeure autour de ces objectifs « productivistes » et, par voie de conséquence, autour des innovations qui y contribuent.

Autre élément de contexte, l’Amérique du Nord, même si elle a connu quelques situations similaires, a été beaucoup moins touchée et ébranlée par les crises sanitaires et les conséquences que nous avons évoquées sur la confiance des consommateurs : la crédibilité des pouvoirs publics et des Agences fédérales de sécurité sanitaire (en particulier la Food and Drugs Agency) est restée forte.

Enfin, le fait que le développement des semences OGM soit portés par des multinationales nord-américaines ne pouvait à l’évidence constituer un élément négatif et l’utilisation du brevet ne constituait pas une rupture, puisqu’il était déjà de mise dans ces pays pour protéger diverses variétés végétales, notamment ornementales.

En se limitant à ces observations, on pourrait en déduire que « l’espace de la crise » serait durablement limité au secteur agricole et alimentaire et que les autres domaines de l’innovation technologique n’auraient pas à redouter une éventuelle extension de ce type de controverses. Nous nous proposons maintenant de contester ce point de vue rassurant et de mettre en lumière d’autres attributs des OGM qui contribuent également à la controverse mais leurs sont beaucoup moins spécifiques.

Les OGM, prémisses d’une extension des controverses ?
Interrogeons-nous tout d’abord sur l’origine et le champ d’extension de la crise de confiance des citoyens vis-à-vis de l’expertise et à ce que nous nommerons la « réactivation » des approches profanes d’évaluation des risques. En effet, le développement de l’expertise scientifique au cours du vingtième siècle s’est fait autour d’un corpus de méthodes et de procédures souvent très codifiées (méthodes de référence, accréditation, etc.) et du développement de vastes bases de données permettant des traitements statistiques élaborés. Du point de vue du citoyen, on peut assimiler ce dispositif à une « boîte noire » dont ni les données, ni les méthodes ne lui sont accessibles. De ce fait, le « signal de sortie » – par exemple, l’autorisation de commercialiser un aliment ou de mettre en service un ouvrage d’art – doit sa crédibilité au moins autant à la confiance des citoyens dans ceux qui le produisent que dans la rigueur et la qualité technique du dispositif.

Le vingtième siècle a donc donné lieu à un « contrat social » implicite, à savoir un transfert progressif de l’évaluation des risques par les utilisateurs eux-mêmes à une évaluation « experte », ce contrat étant fondé sur l’hypothèse que les risques seraient, de ce fait, mieux maîtrisés.

Or, la crise des OGM apparaît dans cette optique assez tardive par rapport à d’autres évènements qui sont venus ébranler la confiance des citoyens dans ce dispositif : les débats autour du nucléaire ou de l’amiante ont conduit de fait les citoyens à retirer leur « délégation » aux experts et les OGM sont intervenus davantage comme des révélateurs que comme des initiateurs de cette nouvelle situation.

Comment caractériser ces méthodes profanes d’évaluation des risques que les citoyens ont réactivées ? Elles ont été assez abondamment étudiées et présentées par les sociologues du risque depuis les années quatre-vingt. Elles reposent globalement sur un principe assez compréhensible, à savoir que les citoyens n’ont pas accès à des données quantitatives suffisamment nombreuses (même s’ils observent leurs semblables) et ne peuvent donc ni réaliser, ni valider des évaluations quantitatives des risques. Ils vont donc approcher les risques à travers divers attributs qualitatifs qui leurs permettront de juger si le risque est, au moins pour eux et leurs proches (et non pour l’ensemble de la population) acceptable ou non. Citons en particulier, parmi ces « qualités » du risque :
- le caractère volontaire (je décide de m’exposer) ou subi (quelqu’un d’autre m’y expose) du risque;
- son caractère connu (je sais à quel moment je m’expose ou suis exposé) ou inconnu;
- ses conséquences immédiates (je perçois rapidement les effets éventuels) ou différés du danger, le cas des conséquences subies par les générations à venir étant un cas extrême d’effets différés;
- le caractère juste (ceux qui le créent sont ceux qui y sont exposés) ou injuste du risque;
- son potentiel catastrophique, c’est à dire le nombre de gens susceptibles d’être concernés par le risque (même si le nombre de personnes effectivement atteintes sera faible) mais aussi sa réversibilité, c’est-à-dire la possibilité d’y mettre fin rapidement en cas de problème;
- son degré d’incertitude, estimé par exemple par le fait qu’il existe ou non une controverse – que les citoyens sont, à l’évidence, bien en peine de trancher – entre les experts.

Enfin, les citoyens traitent d’emblée le risque en termes de rapport coût/bénéfice, dès lors qu’ils perçoivent que le risque n’est pas nul, et a donc un coût potentiel. Cette évaluation du bénéfice associé est elle-même complexe et fait appel à des considérations à la fois économiques, culturelles et psychologiques, qui peuvent varier fortement selon les individus.

Si l’on examine maintenant avec cette grille l’introduction éventuelle des OGM dans l’alimentation et l’environnement, on constate que l’on est en présence d’un « mauvais risque » typique : risque subi, inconnu, à conséquences éventuellement lointaines, injuste, incertain et à fort potentiel catastrophique (puisqu’il concerne potentiellement toute la population), qu’aucun bénéfice évident ne vient compenser. On comprend donc que, quelles que soient les évaluations quantitatives, si rassurantes soient-elles, du risque fournies par les experts, elles se heurteront à cette qualification de « mauvais risque ».

Mais l’on voit également que cette notion de mauvais risque s’applique aisément à d’autres crises alimentaires récentes, celle de la vache folle ou des listérias en particulier, et explique assez bien leur retentissement médiatique. Bien plus, on perçoit que le champ des innovations concernées par cette analyse profane négative des risques est beaucoup plus vaste : les cas des produits phytosanitaires, des nanotechnologies ou des antennes de téléphonie mobile viennent immédiatement à l’esprit.

Une telle analyse permet aussi d’approcher de nouvelles « contradictions » parfois dénoncées par les experts, en particulier celle, emblématique, entre l’acceptation très large des téléphones portables et le refus des antennes de transmission, alors que ces experts soulignent avec raison que l’exposition aux ondes électromagnétiques est beaucoup plus forte dans le premier cas. Mais, en reprenant notre grille, ces risques éventuels liés à l’utilisation de son téléphone portable sont de « bons » risques (volontaire, connu, juste, sans potentiel catastrophique et avec un bénéfice perçu évident), alors que les antennes se situent à l’opposé (on pourrait faire la même analyse pour l’utilisation des produits phytosanitaires dans les jardins par rapport à l’usage de ces mêmes produits en agriculture intensive).

Pour affiner et renforcer cette analyse, nous évoquerons enfin un aspect plus comportemental de l’évaluation profane des risques, à savoir le fait que, en particulier dans le domaine de l’alimentation, l’évolution considérable et la place croissante des technologies de transformation et de conditionnement ont conduit à présenter aux consommateurs des produits dont les caractéristiques et les risques étaient souvent difficilement perceptibles. Le sociologue Claude Fischler qualifie d’OCNI (Objets Consommables Non Identifiés) ces nouveaux produits, présentés parfois sous des emballages opaques sur lesquels les indications les plus lisibles sont souvent peu informatives vis à vis du contenu (goût « original » ou « sauvage », « nouveau », « irrésistible » pour citer quelques exemples). Face à de tels produits, les repères traditionnels du mangeur, développés depuis la nuit des temps pour appréhender le risque majeur que constitue l’incorporation (au sens étymologique) d’une substance étrangère, se révèlent impuissants : la vue, l’odorat, le goût, le toucher, qui permettent par exemple de juger de l’état de fraîcheur d’un poisson vendu entier ou d’une tranche de jambon, se révèlent impuissants devant des parallélépipèdes congelés et panés emballés dans un emballage cartonné où devant une boîte métallique.

Sur ce fond général « d’infirmité sensorielle » par rapport aux aliments d’aujourd’hui se greffe le fait que les risques modernes sont particulièrement imperceptibles : les résidus de pesticides, la dioxine, la présence de listeria, les prions, sont des agents incolores, invisibles, sans odeur ni saveur, vis à vis desquels le mangeur moderne se perçoit comme totalement démuni, et donc totalement victime.

Cette infirmité sensorielle, qui empêche le consommateur de développer directement une « contre-expertise » vis-à-vis du produit, oblige donc à mobiliser la grille précédente et à rechercher des informations auprès de sources dignes de confiance. Or, dans ce marché très médiatisé de la « rassurance », il est clair que ceux qui ont montré leur capacité à dénoncer (à tort ou à raison) des risques et des scandales bénéficient d’un indéniable avantage comparatif !

Mais, comme précédemment, on voit que cette approche peut s’élargir à beaucoup d’autres risques : rayonnements nucléaires, nanoparticules, ondes radios rentrent à l’évidence dans le champ des risques « 5 I » (invisibles, insipides, inodores, impalpables et inaudibles).

Si l’on admet les analyses qui précèdent, on doit reconnaître que la question des OGM oblige à réfléchir à la manière dont il conviendra de gérer à l’avenir la trajectoire de nombreuses innovations. Les difficultés rencontrées par diverses tentatives récentes de gestion de controverses technologiques, comme en France celle des ondes radio ou le débat national sur les nanotechnologies, montrent bien la difficulté de la tâche.

References

Academic
  • CHEVASSUS B., 2000. Retour de l'irrationnel ou conflit de rationalités. Que mangeons-nous? Projet, 261, 63-72.
  • CHEVASSUS B., 2000. L'appropriation du vivant : de la biologie au débat social. Courrier de l'environnement de l'INRA, 40, 5-21.
  • Anonyme, 2001. OGM et Agriculture : options pour l’action publique. Rapport du groupe présidé par Bernard Chevassus-au-Louis. Ed. La Documentation française, 393p.
  • CHEVASSUS-au-LOUIS B., 2002. Les crises alimentaires sont-elles durables ? Actes des 14ième rencontres Agoral « Prévision, analyse et gestion du risque alimentaire », Nancy 26-27 mars 2002, pp. 21-38. Ed. TEC& DOC, Lavoisier, Paris ISBN 2-7430-0561-0.
  • CHEVASSUS-au-LOUIS B., LAMBLIN V., SCHMIDT P., 2004. Socialiser l’innovation : un pari pour demain. In « Avenirs de la recherche et de l’innovation en France » Sous la direction de LESOURNE J., BRAVO A., RANDET D., pp. 175-228 Ed. La Documentation Française, collection Etudes, ISSN 1763-6191.
  • CHEVASSUS-au-LOUIS B., 2007. L’analyse des risques. L’expert, le décideur et le citoyen. Collection Sciences en Questions. Ed. QUAE, Paris, 96p.
  • CHEVASSUS-au-LOUIS B., 2007. Les controverses « socioscientifiques » : spectacle affligeant ou temps forts des relations entre la science et la société ? In : FUTURIS 2007. Ed. O. Jacob, Paris, p. 365-405.
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  • Ce que nous apprennent les réactions épidermiques aux OGM en Europeon April 14th, 2010
  • http://www.facebook.com/sophie.ernst1 Sophie Ernst

    Article d'analyse fouillée et précise, merci à l'auteur.
    Je voudrais juste ajouter une petite remarque au sujet de “l'épidermique”, en tant que citoyenne lambda concernée par ces préoccupations, dépourvue des compétences techniques qui lui permettait de se faire une opinion, et, last but not least, n'en ayant surtout pas le temps, surtout s'il faut suivre un débat complexe et contradictoire mené par des experts ayant tous l'air honnêtes et compétents, sans que quiconque puisse déterminer s'ils le sont vraiment ou s'ils sont seulement bien entraînés à la communication dans les médias.
    Alors, la méfiance “épidermique”, ce serait le principe de précaution au niveau de l'individu confronté à une pléthore d'informations contradictoires, alors qu'il est irrémédiablement condamné à n'avoir aucun véritable critère pour trancher du vrai, voire même du plausible. “Irrémédiablement”, car il faut quand même raffiner le modèle inaccessible du citoyen bien formé par un système scolaire généraliste et susceptible de tout comprendre si on lui explique. Dans mon domaine il y a plein de tocards qui passent pour des génies aux yeux non seulement du grand public, mais aussi de mes amis cultivés, ce qui me laisse pressentir ma propre faillibilité dès que je m'aventure sur des sujets inconnus.
    Est-ce que l'épidermique, ici, ne traduit pas une certaine rationalité du scepticisme, un raccourci économique relativement pertinent par rapport à une grande dérive de nos sociétés – la perte de crédibilité de l'expertise prétendue indépendante ? Les hauts fonctionnaires semblent mis au pas par le pouvoir politique, lui-même perçu comme abusé, dans le meilleur des cas, corrompu, au pire, par les lobbies économiques ; les experts non gouvernementaux semblent, eux, directement achetés par les pouvoirs en question.
    Vieux problème politique, qui surveillera les gardiens ?
    Des institutions comme l'Inspection générale et les Académies scientifiques ont joui d'une grande autorité. Le peuvent-elles encore ? N'avons-nous pas, par toutes sortes de dérives, perdu une nécessaire indépendance des contre-pouvoirs critiques ? Ceux-ci en France, ont été dans leur très grande majorité institués par l'Etat républicain libéral, au temps où libéral avait un sens politique au moins autant qu'économique.
    Or, la société civile ne crée pas d'un coup de baguette magique des institutions fortes et crédibles, là où la tradition historique ne les a pas établies et solidement protégées des attaques corruptrices.
    Si l'on compare aux USA, j'ai pu constater que l'Académie des sciences y avait un poids institutionnel beaucoup plus fort, qui lui donne la possibilité d'agir sur les politiques.

    Bref, le “on nous cache tout on nous dit rien”, avec les réactions épidermiques qu'il entraîne, est peut-être la traduction adéquate d'une perception qui est peut-être excessive, mais pas foncièrement illusoire – les élites ne sont pas à la hauteur, et jouent un jeu personnel férocement carriériste, qui rend la parole autorisée fortement douteuse.

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